Home / L'edito / Œillères querelleuses…

Œillères querelleuses…

L’instrument linguistique n’introduit plus dans le cœur et l’esprit de son détenteur l’humanisme et la tolérance

Selon le dernier rapport de l’OIF, l’Organisation internationale de la francophonie, le Français ne serait parlé que par 33% d’Algériens, derrière 35% de Marocains et 52% de Tunisiens au Maghreb. Et bien que notre pays ne soit pas adhérent, diplomatiquement parlant, à cette OIF, il en est qui trouvent que ça n’est pas «bezzef», d’autres estiment le contraire. A chacun son canevas de lecture, de culture… N’empêche que la connaissance d’une langue, qu’elle soit chinoise, anglaise, bengalie, russe ou autre, est une extraordinaire ouverture sur le monde. C’est un enrichissement sans pareil entre les hommes, les sociétés et les civilisations. Or, que voit-on aujourd’hui que les replis culturels, identitaires et autres se multiplient à travers le monde ? L’instrument linguistique n’introduit plus dans le cœur et l’esprit de son détenteur l’humanisme et la tolérance. Bien au contraire, c’est plutôt l’antithèse du véhicule de fraternité dans le savoir et la culture. Et, chez nous, on ne peut prétendre échapper à cette réalité crasse avec le vaste catalogue de clichés réservé aux locuteurs de Français précisément. «Colonisés de l’esprit», «sans culture propre», «arriérés», sans compter les tas de raccourcis bêtes et méchants, siffleront aux oreilles de celles et ceux qui auront snobé la «lougha» classique ! Triste sentence venant de gens à qui l’on promet le paradis alors qu’ils n’ont même pas un radis à l’esprit… Et sans revenir sur la bérézina de l’arabisation forcée post-indépendance et les coopérants techniques égyptiens, palestiniens, etc. de l’Education nationale, il est clair que la langue de Molière reste un acquis non négligeable, malgré les œillères querelleuses. D’ailleurs, comment peut-elle être un instrument d’acculturation alors qu’elle est au sein même de notre paysage linguistique. Elle se mixe, sans mal, aux variantes de nos expressions berbères et à l’arabe dialectal, toutes régions confondues. Quant à nos objectifs économiques et financiers, ils sont apparents. En n’oubliant pas que notre pays se situe aux portes de l’Europe, ce sont les évolutions de la technique, de la science, de la vie économique, sociale et culturelle qui nous passeraient sous le nez sans maîtrise parfaite du multilinguisme. Francophone, anglophone, germanophone ou russophone n’a aucun lien avec la francophilie, l’anglophilie etc. Et c’est pareil pour une éventuelle phobie craignant l’enrichissement en humanisme. Aussi, et pour revenir au français, maîtriser cette langue est un acquis qu’il serait regrettable de perdre, surtout lorsque l’on sait qu’il permet un accès au modernisme. En effet, cet acquis, quel que soit son taux de pénétration rapporté par l’OIF, reste primordial et dicté par les impératifs de la globalisation de la vie moderne et ses complexités, ses exigences. Elle est souvent maltraitée, martyrisée sur ses propres terres hexagonales par différentes expressions dites artistiques, tels le rap ou la techno. Ça n’est pas notre problème et ça n’est pas ici que l’éloge, l’apologie de cette langue se fera. Néanmoins, ce n’est pas se voiler la face que de reconnaître qu’elle sert de béquille salutaire à notre paysage sociolinguistique. C’est une réalité qu’on ne peut nier. Francophones occasionnels, professionnels ou de circonstance, les Algériens, autant que les Maghrébins en général, se doivent d’adopter, sans aucune forme de tabou, une attitude de tolérance vis-à-vis de la langue d’en face. C’est non seulement une façon de panser certaines plaies coloniales, mais aussi de penser intelligemment l’universalisme…

Par Mourad N.

Check Also

Presse indépendante, dites-vous ?

Me Ali Yahia Abdennour disait un jour : «Quand je défends les droits de l’Homme, …