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On n’en a rien à cirer ?…

«Encore l’affaire Audin ! Mais, on n’en a rien à cirer..», pourrait interjeter la génération post-indépendance, devant les articles parus depuis jeudi dernier. C’est possible, mais il est question d’honneur, chers amis. Et l’honneur, c’est de reconnaître la honte, ce qui est rare parfois. Oui, la honte d’avoir été odieux, inhumain, et profondément écœurant. Ça n’est pas remuer le couteau dans les plaies du passé, que de dire la torture, en Algérie ou ailleurs, a été un fait avéré, mais longtemps inavoué par des pouvoirs publics français. Avec l’affaire Maurice Audin, le déshonneur, la honte et l’infamie, auront-ils été effacés des tablettes du pays, qui se dit «pays des droits de l’Homme» ? Dans le tourbillon absurde que sont nos existences, ça n’est qu’un raccourci qui aura dura 61 ans et 3 mois ! Emmanuel Macron a osé lever le voile, sur l’une des plus sombres pages de l’histoire coloniale. Beaucoup aura été dit et écrit sur le sujet, et ce, sur les deux rives, où tanguent encore les maux et les inepties extrémistes. Mais, c’est bien que «le Jupitérien» ait enfin reconnu et condamné ce que son prédécesseur en voyage officiel à Alger, en décembre 2012, avait négocié à minima. C’est bien aussi qu’il y ait eu, le même jeudi, un entretien téléphonique avec notre chef d’Etat. On ne sait, au juste, ce qui s’y est dit exactement, mais le symbole de l’anticolonialisme a dû être évoqué. Mais en fin de compte, cette reconnaissance n’est-t-elle pas, en fait, un cautère sur une jambe de bois ? L’hypocrisie des non-dits sur le sort de dirigeants importants de la Révolution, morts eux aussi sous la torture, comme Larbi Ben M’hidi, l’avocat Ali Boumendjel et tous ceux ayant subi le même sort, à la même période, reste en travers de gorge de la dignité humaine. Crever l’abcès sera une entreprise courageuse, avec l’ouverture des archives, promise apparemment pour des considérations politiques. Ces archives sont bien documentées. Et, selon des historiens, tels Benjamin Stora ou Pierre Vidal-Naquet, l’omerta de la «grande muette» française et ses mensonges auront assez duré. La vérité sur ces crimes odieux tendrait à apaiser les haines et les passions, sur ce bateau ivre entre les deux rives. Cette armée a de tous temps nié les atrocités du système colonial. Des lois d’amnistie sont passées par là, sous Pompidou, Chirac ou Sarkozy. Aussi, un appel à témoins parmi ceux qui, titillés, torturés par leur conscience rabougrie par le passé, pourraient parler. Ces derniers survivants aux infâmes Massu, Bigeard et Aussaresses, longtemps protégés par les pouvoirs politiques, témoigneraient en tortionnaires repentis. Ils étaient chapeautés par des chefs, ils obéissaient aux ordres de ceux qui faisaient obstruction à la vérité par le silence et le mensonge. En fin de vie, ils détiennent sûrement des archives privées, susceptibles de permettre la connaissance des circonstances exactes sur la mort de Maurice Audin, et de tous ceux qui ont subi le même sort. Faute de preuves écrites, plusieurs hypothèses continuent de coexister, à l’heure même où Macron faisait le mea-culpa politique. Et, l’une d’elles, entendue sur France Inter, nous interpelle. Elle fait référence à un obscur sous-lieutenant, Charbonnier de son nom, ayant fait partie du commando exécuteur de Maurice Audin. A sa retraite d’officier supérieur, il a été décoré pour «services rendus» et, cerise pourrie sur sa poitrine, une légion d’honneur accompagnait son cercueil, à sa mort en 2010 ! Là, on se demande si l’honneur n’est finalement pas, un synonyme d’horreur, tant que cette distinction ne lui aura pas été retirée à titre posthume, outre-tombe. Ça aurait eu de la gueule et là, un avenir radieux, fécond et fraternel entre les deux peuples, n’aurait pas eu du «on n’en a rien à cirer» et ce, toutes générations confondues…

M. N.

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