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Ouverture non autorisée d’une piste reliant Ath Ergane à Tikjda Danger sur le parc national de Djurdjura et sa biodiversité

L’initiative qui a été prise récemment par les habitants de plusieurs villages d’Aït Ergane, relevant de la commune d’Agouni Gueghrane, wilaya de Tizi Ouzou, d’ouvrir une piste reliant le versant sud du Djurdjura constitue une grave atteinte au parc national du Djurdjura.

En dépit de l’opposition formelle de l’administration du PND à ce projet qui date des années 80, les villageois d’Aït Ergane ont bravé l’interdit en menant des travaux de correction à l’aide des engins de chantier d’une piste qui devrait relier leur localité à la station de Tikjda sur une distance de 11.2 km. Des dizaines de personnes ont pris part à l’initiative et ont aménagé cette piste sur plusieurs kilomètres. Pour alerter les autorités locales de la wilaya de Tizi Ouzou et de Bouira sur cette agression, l’administration du parc national du Djurdjura a saisi par écrit les deux wilayas pour mettre un terme à cette initiative irréfléchie et dangereuse sur l’écosystème et met en péril ce sanctuaire de la biodiversité protégé par des lois nationales et internationales. «Nous n’avons pas d’autres soucis ou d’autres éléments d’intéressement que l’application de la réglementation», a déclaré Meribai Youcef, directeur du PND qui affirme que la réglementation algérienne a été claire quant à la préservation et la protection des parcs nationaux de toute forme de dégradation. «Il s’agit d’une piste qui traverse un parc national du nord au sud et qui sillonne profondément sa zone centrale, interdite, donc, à toute fréquentation, et qui traverse également la zone tampon. Pour ce qui est de la zone centrale, elle est soustraite à toute forme d’intervention. Elle est réservée uniquement aux scientifiques. Elle est même interdite aux randonneurs. Quant à la zone tampon, elle est dédiée uniquement aux activités écologiquement viables», explique M. Meribai. Les arguments scientifiques et juridiques avancés par les responsables du PND devraient suffire pour que les pouvoirs publics de Tizi Ouzou et de Bouira interviennent et arrêter le massacre écologique avant qu’il ne soit trop tard.
La loi n° 03-10 du 19 juillet 2003 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable et la loi n° 11-02 du 17 février 2011 relative aux aires protégées dans le cadre du développement durable comportent plusieurs articles interdisant toute intervention dans ces espaces protégés. L’article 5 de la loi n°11-02 stipule que «le parc national est un espace naturel d’intérêt national institué dans le but de protéger l’intégrité d’un ou de plusieurs Ecosystèmes, Il a pour objectif d’assurer la conservation et la protection de régions naturelles uniques, en raison de leur diversité biologique, tout en les rendant accessibles au public à des fins d’éducation et de récréation». Outre l’arsenal juridique, l’aménagement de cette piste portera préjudice à la faune et la flore endémique. Selon les responsables du PND, il existe une biodiversité qui a des préférences et des contraintes écologiques qui font quelle ne pourra pas descendre en deçà de 1500 m d’altitude qui sera également affectée. «Cette zone est un espace de nidification des rapaces. Et si jamais cette route venait à être façonnée, tous les habitats naturels de ces rapaces et de plusieurs autres espèces vont être touchés profondément. Le Djurdjura est le site national qui protège le plus grand panel de rapaces en Algérie. Il abrite 55% des 43 espèces de rapaces qui existent en Algérie et près de 10 % de la biodiversité mondiale en terme d’espèce de rapaces», a souligné le directeur du PND. L’une des conséquences fâcheuses de cette piste, c’est les ressources hydriques de cette montagne qui seront compromises.
«Cette piste traverse également Alma n’Ath Rgan, qui est un réceptacle de taille qui collecte les eaux de neige et les eaux pluviales.
C’est un karst très friable. Cette partie de karst de la zone centrale du Djurdjura deviendra très vulnérable dans le sens où elle absorbera toute sorte de déchets qui seront générés par l’activité humaine», a expliqué M. Meribai. Ainsi, pour la partie du parc national du Djurdjura relevant de la wilaya de Bouira, nous avons appris que les autorités locales sont intervenues et de ce fait ont arrêté les travaux. Il faut souligner que la société civile dans plusieurs communes de Bouira est en train de se mobiliser pour empêcher l’ouverture de cette route, un projet auquel Si Mustapha Müller, un fervent défenseur de l’environnement et fondateur des parcs nationaux algériens, s’était opposé dans les années 80.

Ali Cherarak

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