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Perversité dans l’accord…

«D’accord pour ne jamais être d’accord», voilà une inscription qui irait comme un gant à pas mal de nos respectables institutions ou représentations. Et cela ne date pas d’hier, où des moudjahidine de la dernière heure en mars 1962, ou sans heure du tout, ont réussi à ternir le blason nickel de la Révolution. Mais inutile de rouvrir les anciennes plaies, le faux du vrai aura à qui rendre compte tôt ou tard. Aujourd’hui, il est vrai que le pays n’est pas au mieux, qu’il a sans aucun doute besoin d’une thérapie de choc, d’un traitement nouveau pour lui redonner force et vigueur afin de sortir de cet imbroglio. Pour ça, tout le monde semble être d’accord. Des détracteurs qui déversent un torrent de propos bileux, d’insinuations indigestes sur la classe politique, aux marches et manifestations populaires, le tracteur de l’accord marche sans problème. Là où ça se gâte, qu’il y a désaccord, c’est quand la capacité d’analyser sereinement la chose se perd dans l’aptitude à penser une composition de gouvernement, une nouvelle piste de sortie de crise.
Les jusqu’au-boutistes se recrutent aussi bien chez les partis lilliputiens que dans ce que l’on peut appeler «élite» au sein de la société civile. Personne pour accepter les potions amères, personne pour prôner l’apaisement, le rejet conforte l’accord de ne pas être d’accord. Il se manifeste par l’impression que tout le monde vaut tout le monde et que la parole du sage n’a pas plus de crédit que celle de l’imbécile heureux d’être malheureux. Le vrai sage est rabaissé au rang des démagogues pendant que l’honnête homme est considéré comme plus dangereux qu’un criminel. Finalement, l’usurpation prédomine un peu partout dans les mentalités, et la médiocrité risque d’imposer ses choix. Cette fois, c’est en quelque sorte la négation du peuple par ceux-là mêmes qui sont chargés de le représenter ou aspirent à le faire.
Se contenter de crier au loup sans risque d’être mordu, c’est facile. C’est d’autant plus facile que l’expression se targue d’une démocratie commode à revendiquer sur tous les toits. Même les réseaux sociaux s’amusent à faire de la politique au nom de cette démocratie qui, en fait, correspond à une décadence effrénée des élites. Et quand l’acquis personnel se trouve à l’abri, autant user de la démocratie pour défendre les intérêts communs. Par cette perversité, et c’en est une, bien des sensibilités différentes, opposées parfois, contradictoires dans leurs desseins, se focalisent sur la dégradation de la situation économique du pays, de ses principaux indicateurs financiers, de la méfiance croissante vis-à-vis des institutions en charge du pilotage de la même économie.
Ô le bel accord de défiance vis-à-vis de décideurs politiques et économiques accusés d’être en panne de solutions ! Le cynisme est également de la partie chez ces doctes personnages quand ils avertissent, avec gyrophares et sirènes, que nous allons buter sur un mur. Nous en prenons note. Mais au fait, ne sont-ils pas concernés, eux aussi, par ce mur ? A moins qu’ils aient une autre nationalité de rechange, ils semblent être d’accord, sur le plan socioéconomique, pour un violon politique désaccordé afin de pouvoir profiter de la cacophonie ambiante. Et dire qu’un printemps, le vrai sur le calendrier, nous tend les bras après-demain…
M. N.

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