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Préparatifs, lourdes dépenses et devoir exigent: Mariage, combien ça coûte ?

«Le bon mariage serait celui d’une femme aveugle et un mari sourd» (Montaigne – Essais)

«Zwadj lila tadbartou aâm» (la nuit de noces exige toute une année de préparatifs». Ce dicton bien de chez nous est assez explicite pour dire tous les sacrifices à consentir lorsqu’on se décide à quitter le célibat et se lancer dans l’aventure du mariage. Effectivement, il s’agit d’une aventure car si on connaît le début des préparatifs devant aboutir au jour j, l’on ne met un terme que parce qu’on est forcé par le délai. On a beaucoup calculé pour rester près de ses sous, il manquera toujours un petit quelque chose. Même dans les invitations on fait des ratages tant on est obnubilés par l’essentiel. De toutes les manières, organiser impeccablement une fête quelle qu’en soit la raison est impossible. On ne peut, dans tous les cas, échapper aux mauvaises langues. Pourtant, comme le dit un autre dicton, «lihab yefles, yebni wala iaâres» (deux choses mènent à la ruine : bâtir une maison ou se marier). Au fait, ça coûte combien un mariage ? La question lancée dans la rue est différemment interprétée. Des plus optimistes aux plus pessimistes, l’écart est de toute évidence large. «Cela dépend de plusieurs paramètres ayant tous un impact financier. En premier lieu, essdaq (la dot remise par le prétendant à la mariée) lors de la récitation de la Fatiha. Et puis viennent la location de la salle des fêtes ou du restaurant, le disc-jockey. D’autres intervenants sont à prévoir comme la location d’une caméra et du photographe pour immortaliser l’évènement ou encore un chanteur», dira cette dame qui a trois mariages au compteur, une fille et deux garçons. «On y a laissé des plumes», ajoutera-t-elle en faisant les gros yeux et de conclure que le moins coûteux a valu 80 millions de centimes en 2013.

Le mariage de «Ammi Bachir»

Bon pied, bon œil, «Ammi Bachir» est incontournable à Laqiba, quartier de Belcourt qui l’a vu naître il y a 88 ans. Sa mémoire infaillible fait de lui un consultant de premier rang dès qu’il s’agit d’une date, d’un évènement ou d’un fait ayant marqué ce quartier populaire, fief de la résistance durant l’occupation. Pour rester dans notre sujet, l’octogénaire se rappelle le mariage de tous amis dont beaucoup ont quitté ce monde. Quant à lui, son mariage, il nous l’a relaté dans les moindres détails. C’est en été 1953 qu’il s’unit avec celle qui lui donnera six enfants. Elle est décédée depuis dix ans. Les yeux humides, preuve d’un long parcours rempli d’affection mais aussi de moments difficiles, le vieux raconte que toutes taxes comprises, son mariage a coûté 50.000 francs de l’époque. Il gagnait 1500 francs environ par mois. «Le boulot, je l’ai connu à douze ans, dit-il, en faisant tout ce qui pouvait me rapporter quelques sous. C’est vers 20 ans que je me suis stabilisé chez un maître-tailleur de la rue de Lyon (Belouizdad). D’ailleurs, c’est lui qui m’a offert mon costume de la nuit de noces. Tous les invités ont mangé le traditionnel couscous et veillé sous les mélodies du chaabi jusqu’à l’aube. Ni salle des fêtes, ni disc-jockey. La terrasse de la bâtisse où on habitait en location était suffisante pour une ambiance du tonnerre avec en prime un air iodé généreusement offert par la grande bleue». A la question de savoir ce qu’il pense des mariages d’aujourd’hui, notre interlocuteur sourit légèrement avant de se lancer dans une méditation pleine de philosophie. «Aujourd’hui, dit-il, marier son fils ou sa fille est synonyme de ruine. J’en connais quelque chose, puisque je l’ai fait pour mes six enfants. Actuellement tout est cher. On parle de dizaines de millions, voire plus pour organiser un mariage qui finit souvent en drame au bout de quelques années. On devrait être plus sage et ne pas succomber aux folies. A présent, alors que j’ai un pied de l’autre côté, je pars tranquille d’avoir fait mon devoir. Neuf petits-enfants et quatre arrière-petits enfants. Qui dit mieux ?»

La hantise des salles des fêtes

C’est vrai que le temps dont parle le papy est révolu. De nos jours, surtout dans les grandes villes, fêter un mariage nécessite une salle des fêtes. C’est plus pratique pensent les concernés. «Impossible d’organiser une fête dans un appartement», dira une dame s’apprêtant à marier son fils. Pour une raison essentiellement liée aux commodités, les familles ont recours à ces établissements où tout est pris en charge. Bon accueil, parking gratuit, confort, service assuré, boissons et petits gâteaux et plus si les moyens sont mis. Au fait combien coûte la location d’une salle des fêtes ? Il faut d’abord parler de ces salles ne présentant pas toutes les commodités voulues en passant par une climatisation défectueuse, une sono laissant à désirer et bien d’autres aléas qui ne seront malheureusement découverts que le jour J. «Certaines salles des fêtes n’ont que le nom compte tenu du strict minimum de services ou de commodités qu’elles offrent», dira à ce sujet un couple justifiant son appréciation après une galère de deux mois. «On nous a parlé d’une salle dont le prix était abordable mais lorsqu’on s’est enquis des prestations fournies, on a déchanté. Pris par le temps, il a fallu galérer pour trouver une salle répondant relativement à notre goût. Et là aussi on a longuement négocié le prix avancé, car il y a lieu de savoir que les familles appelées à marier un de leurs enfants doivent bien gérer leur budget, sinon c’est tout droit vers l’endettement avec toutes ses conséquences», explique le couple. Il y a à ce propos des situations comme le montre cet avatar vécu par une famille qui, le jour de la fête, a découvert qu’une partie des gâteaux qu’elle a apportés pour les invités avaient disparu. Quant au prix de location de ces salles, ils diffèrent d’une ville à l’autre. De plus, explique un propriétaire de salle des fêtes, il y a un vide juridique en matière de gestion de ce genre d’établissement qui sont d’ailleurs classés à la même catégorie que les cabarets et dancings. La fourchette des prix s’étale de 20 millions pour le minimum à 60 millions pour une salle remplissant les critères. Il y a bien sûr les salles proposées par les hôtels de luxe à des prix outrageants. Malgré cela, la disponibilité reste le gros problème.

Ah, cette chère dot !

C’est cette contrainte qui oblige les familles à réserver des mois à l’avance sans oublier le versement d’une caution préalable . Et tant pis pour le locataire en cas de changement d’avis. «Kessi oueddi» (habillez-là et elle est à vous). Cette expression courante dans certaines régions du pays n’est plus de nos jours qu’une vue de l’esprit. Et même dans les coins les plus reculés, on est devenu exigeant. La dot que doit verser le prétendant à sa future épouse est exagérée. On parle d’une centaine de millions et même plus, sans compter les offres en bijoux. «Avec les frais de la fête, on n’est pas loin du demi-milliard», ironise un père de famille. Pourtant, la question de la dot a été souvent débattue par des représentants des affaires religieuses appelant à la rationalité dans ce sens. Pour ce qui est du trousseau ou ce qu’on appelle chez nous «djhez», c’est la hantise de toutes les familles devant marier leur fille. Il faut d’ailleurs des années pour un trousseau acceptable, comprenant l’inévitable caftan qui à lui seul coûte les yeux de la tête. Une dame confie avoir vu ce genre de vêtement vendu à 200 millions de centimes. Un capital que la mariée ne portera que très rarement. Peut être deux ou trois fois lors des fêtes familiales. Un jeune raconte pour sa part avoir rompu avec sa dulcinée lorsque le père de cette dernière a exigé de lui 80 millions de centimes et des bijoux d’une valeur globale de 50 millions. Pour les gâteaux de la fête, on a tendance de nos jours à passer commande chez les spécialistes. «Un souci de moins pour ceux qui ont les moyens financiers. De plus, c’est fatigant de faire des centaines de gâteaux de diverses variétés», confie une vieille précisant que les gâteaux aux amandes sont quand même chers. Les prix varient de de 50 à 100 dinars la pièce. En revanche et au vu des prix élevés, beaucoup de familles procèdent elles-mêmes à la préparation des gâteaux. Pour cela elles se mettent à plusieurs (sœurs, cousines et voisines) pour aller plus rapidement. A condition évidemment d’avoir le savoir-faire. Si le mariage est un passage presque inévitable dans notre société, ses dépenses ne sont pas pour arranger une bonne partie des familles qui s’enfoncent dans l’engrenage de l’endettement dont il est difficile de sortir.

Ali Fares

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