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Programme de relogement à Alger.. A quand la reprise des opérations ?

Le silence observé par la wilaya d’Alger quant à la poursuite des opérations de relogement fait monter la tension chaque jour un peu plus chez les citoyens qui attendent le lancement de la 25e opération annoncée pour le premier trimestre de l’année en cours.

La capitale entame son quatrième mois sans les cycliques opérations de relogement menées par la wilaya depuis 2014. Déclarations et communiqués de presse sur la distribution des logements sociaux à laquelle les services de la wilaya d’Alger nous a habitués durant des années ont subitement disparu pour laisser place au doute, aux supputations et aux folles rumeurs, ce qui n’est pas sans impact sur le moral des familles en attente d’être relogées conformément au programme dédié aux Algérois. Il est vrai que la conjoncture ne s’y prête pas. La société algérienne vivant une euphorie historique jamais connue depuis 1962 est pour le moment branchée dans sa plus grande majorité sur le vendredi, jour du Seigneur, choisi pour exprimer ses désidératas. Cependant, on ne peut perdre de vue que la question du logement figure parmi les revendications essentielles du peuple ayant subi l’injustice sous toutes ses facettes et qui devait inévitablement conduire à l’explosion. Le silence observé par la wilaya d’Alger quant à la poursuite des opérations de relogement fait monter la tension chaque jour un peu plus chez les citoyens qui attendent le lancement de la 25e opération annoncée pour le premier trimestre de l’année en cours.
L’incertitude gagne déjà les familles vivant dans l’espoir de bénéficier d’un logement neuf avant le Ramadhan, comme il était de coutume jusque-là. Le cas de ce père de famille rencontré devant le siège de l’APC de Belouizdad d’où il est sorti complètement déçu est assez édifiant sur le désarroi qui s’empare des mal-logés. Mohamed occupe avec sa femme et leurs trois enfants une cave aménagée dans un des vieux immeubles de la rue Hassiba Ben Bouali où ils vivent, comme il le dit, dans des conditions inhumaines. «Un trou où la lampe reste allumée du réveil au coucher. Nous sommes tous malades. Mes enfants, un garçon et deux filles, ont des problèmes respiratoires contraignants pour leurs études. Suite au dernier recensement, on m’a rassuré d’être parmi le lot des heureux relogés. Malheureusement, ferha la temmet (la joie fut de courte durée). Au jour J, je me suis retrouvé exclu pour dossier incomplet. J’ai fourni les pièces manquantes et mon recours a été accepté mais sans pour autant bouger de ce trou. Voilà deux ans déjà et l’attente commence sérieusement à peser. A la mairie, on vient de me repasser l’éternelle cassette : on ne peut rien vous dire, le relogement, c’est du ressort e la wilaya, il faut patienter», confie le malheureux, non sans ajouter le fameux dicton bien de chez nous «ma yehass beldjemra ghir li kwatou» (ne ressent la braise que celui qui s’y est brûlé).
Le malchanceux !
Il est de ces choses dans la vie où le comique se mêle au tragique pour raconter le parcours des gens qu’on nomme souvent les mal-lotis. Mustapha en connaît quelque chose. Selon ses propres propos, il n’a jamais rencontré le bonheur. Tout comme le talentueux footballeur Madjer, il porte deux prénoms, Mustapha pour les intimes et Rabah pour l’état civil. «Au fait, dira-t-il à ce sujet, mon prénom signifiant le gagnant ne m’a jamais porté chance puisque dès mon enfance, je n’ai récolté que des tuiles. Malheureux dans les différents métiers que j’ai exercés, déçu par un premier mariage s’étant soldé par un divorce, je vis actuellement avec une femme malade. Mes quatre enfants dont deux issus du premier ne sont pas brillants en classe. A six, nous vivons chez ma mère dans un F2 de 35m2 près du marché Réda Houhou. Je devais être relogé lors de la dernière opération, mais apparemment, tout est bloqué. N’est-ce pas que la guigne me poursuit ? A la maison, nous sommes tous sur les nerfs. Et cerise sur le gâteau, ou quand un malheur arrive il n’est jamais seul, nous sommes en ce moment perturbés par mes frères et sœurs convoitant ce minuscule appartement. Du fait de la maladie de la maman et de la dégradation de son état de santé, ils ont les yeux braqués sur cette maudite cage à poules».
Avant de nous quitter, il a tenu à nous présenter son ami d’enfance. Ce dernier est logé à la même enseigne que son pote. Lui aussi, il attend le logement tant désiré. «Nous sommes voisins depuis toujours. La vie de Rabah est pleine de déboires. C’est peut-être la malédiction dont on parle quelquefois. Trente-six métiers, trente-six misères, comme on dit. Il a tout essayé pour échapper à son triste sort mais finalement le mektoub finit par le rattraper. La seule chance qui lui reste, c’est d’avoir un logement. Tout comme moi d’ailleurs. Moi aussi, je n’ai pas de maison. Après des années de cohabitation chez mes parents et mes beaux-parents, j’ai fini par me rabattre sur la location. Un piteux F2 pour 15.000 DA, alors que mon salaire ne dépasse pas les 35.000 DA. Pour une famille de cinq personnes, c’est un calvaire. Je suis un esclave de l’endettement. Si j’avais en moins le souci du logement, cela irait mieux. Comme on dit «tiha ou nouda» (des hauts et des bas) en espérant des jours meilleurs».
Allô, la wilaya ?
Pour des milliers de familles dont bon nombre sont inscrites au même titre que les cas cités, c’est l’angoisse. Aucune information n’a circulé sur le relogement. Pour Omar, lui aussi demandeur de logement, le Hirak de ces dernières semaines et l’évolution rapide des évènements qui s’ensuivent ont contraint les autorités à faire la passe sur la question. «Pensez-vous à une opération de relogement sans qu’elle entraîne des débordements impossibles à contenir ?», dira dans ce sens notre interlocuteur. «Personne n’osera prendre une telle responsabilité», affirme un habitant d’un bidonville de Bir Mourad Rais, à proximité de la célèbre école coranique Cheikh Ahmed Sahnoun. Du côté de la wilaya, c’est le silence radio. Abdelkader Zoukh se limite à de timides sorties pour accompagner un ministre ou le SG d’un secteur donné sans faire la moindre déclaration à ce sujet. Et même là, rien n’est gagné.
L’exemple de l’annulation de la visite du nouveau ministre des Transports et des Travaux publics, Mustapha Kouraba, qui devait inaugurer la jonction du métro entre Ain Naadja et Baraki, est assez éloquente sur la réticence des autorités à se montrer en public. La 25e opération de relogement prévoyant la remise des clés à plusieurs milliers de familles est mise en veilleuse. Contrairement aux années passées, le mois de Ramadan 2019 passera sans la joie des enfants de trouver de nouveaux appartements, des aires de jeux, les youyous de ces femmes sous le regard presque fier des pères de famille.
Ali Fares

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