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Proverbe à réécrire…

Le fatalisme n’a jamais mené à grand-chose. Et les dégâts qu’il a causés, notamment dans les pays arabes, se passent de commentaires. La glue qui colle à leurs malheurs suffit. Pas la peine d’en rajouter. Mais, chez nous, le fatalisme a-t-il encore droit de cité depuis le Hirak ? «À l’aide du proverbe, le propos s’explicite», nous répond un proverbe made in Algeria. Reste que les frontières entre les termes «proverbe», «dicton», «adage» ou «maxime» restent souvent minces. Qu’ils constatent, décrivent, se moquent ou commentent, tous les proverbes parlent bien sûr de l’Homme, et de son rapport au monde qui l’entoure. C’est même un moyen d’approcher les cultures et les mentalités, à travers par exemple, les douze mois de l’année. Ce qui nous parle de février d’où commença le mouvement populaire, suivi de mars. Ce mois est mal aimé, selon divers dictons et proverbes, et parfois injustement traité. «Soit au début, soit à la fin, mars nous montre son venin», dit-on dans les pays francophones. On y entend aussi que «mars est le mois des génies et des fous».
Ça s’est vérifié en lisant les slogans écrits sur les différentes pancartes, brandies lors des marches du Hirak. Il y avait du génie, et en même temps, de la folie dans les premières revendications. Ensuite, c’est au mois d’avril de dire qu’il ne faut pas se découvrir d’un fil, avant que ne vienne le «En mai, fais ce qu’il te plaît». En gros, ça équivaut à se garder d’être trop optimiste, et risquer la maladie en se découvrant trop, avant les beaux jours de mai. Et ce mois de mai, notamment avec le Ramadhan, est loin d’avoir été porteur de beaux jours. Il s’en est allé, et personne pour le regretter. Maintenant, on est en juin, et en cherchant bien dans les dictons et proverbes, il en est un qui va comme un gant à la situation sociopolitique du bled. «Une terre est vaurien quand, en juin, elle ne donne rien», dit cet adage qui interpelle tous les acteurs du terrain politique.
Ce terrain, après avoir été miné dès février, n’a que juin pour espérer être déblayé. Le train du changement n’attend que ça pour démarrer enfin sur de vrais rails, robustes et rassurants. Le 15e vendredi, estampillé Ramadhan, a déroulé un tapis plutôt triste, avec l’ombre du défunt Dr Fekhar et celle de Nabil Asfirane, ce père de famille terrassé par une crise cardiaque, en pleine marche du 14e vendredi, à Alger. Cet ombre persistera, et en ce juin, faudra cesser de trottiner après des joints, des chimères et des leurres de démocratie. Le terreau du mouvement populaire aura besoin d’un marteau-piqueur, s’affranchissant de toutes les formes de dépendance ou d’allégeance. Sillonner les artères urbaines pour joindre sa voix à celles des autres, c’est bien, mais ça ne suffit pas quand liberté et dignité restent en jachère… Ceux qui prônent le dialogue n’ont pas tort. Faudra juste savoir avec qui. Le boucan du marteau-piqueur. Si c’est avec ceux qui envoient en prison, pour un oui pour un non, ceux qui ont rétréci les espaces de liberté, ceux que le boucan du marteau-piqueur n’a pas porté, autant se dire que juin ne donnera rien, et que la gangrène de certains vauriens persistera. Gageons tout de même, que juin est conscient de ce qui l’attend, au tournant d’un proverbe à réécrire. La terre qui a enfanté de vrais hommes, de nos jours comme par le passé, ne saurait se satisfaire de ne valoir qu’un rien au mois de juin…
M. N.

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