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Quand tout se désagrège…

La violence a fait son apparition, et des Algériens ont violenté d’autres Algériens, soit en obéissant aveuglement aux ordres, soit en endossant une carapace de casseurs à la solde d’on ne sait qui, d’on ne sait quoi. Toujours est-il que ces enfants d’un même pays, qui avaient donné des leçons de civisme à la planète entière, se seront autorisés le pire en cédant à la violence.
Obéir aux ordres d’individus ayant tout sacrifié, à commencer par l’honneur pour gravir des échelons, ou être à la solde de sinistres individus voulant à tout prix un scénario catastrophe au pays, sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. L’obéissance, la plus terrible des justifications, est en fait la plus lâche qui soit, quand elle conduit à tirer sur une foule avec des armes létales ou non, à porter la matraque sur des compatriotes ou s’attaquer à l’ordre établi, à tord ou à raison. Et le plus scandaleux dans tout ça, c’est quand le mouton devient loup, sans avoir même l’excuse d’être affamé…
Ces hommes, bardés de leur armure et de certitudes qui attaquent leurs semblables, anéantissent toute réserve morale pour obéir sans état d’âme, sans recul ni considération citoyenne. On se demande comment ils font, le soir, de retour dans leurs foyers, pour se regarder dans la glace…
En fait, tout se décompose, tout se désagrège dans notre société. Serait-ce la faute aux «zélites», ces intellectuels qui auront tant parlé du «vivre ensemble», sans y croire vraiment eux-mêmes ? Ces «zélites» restent à définir selon leur degré d’instruction, de diplôme ou de poste de responsabilité, et c’est sans eux que tout le monde pense, et beaucoup le crient depuis la mi-février, que l’autorité est en perte de vitesse, qu’elle n’inspire plus le respect. Elle ne véhiculerait plus de valeurs, et n’aurait plus aucune vertu exemplaire. C’est même une défiance généralisée sous toutes ses formes qui se répand.
Le soupçon envers les élites dirigeantes s’est répandu comme une traînée de poudre, et même les enseignants d’université, autant que les médecins, se voient contestés dans leur autorité et leurs savoirs. Plus aucune autorité ne semble être épargnée. Même des ministres sont rejetés, pendant que la DGSN en prend pour ses grades, après les lacrymogènes lancées sur des manifestants, et que les avocats et magistrats, rejoints par des notaires et des huissiers de justice, scandent des slogans relatifs à la consécration de la démocratie et de la justice.
Le lien de confiance étant ainsi perdu avec l’autorité, chacun croit pouvoir être son propre créateur de vérité, en donnant foi à des thèses quelquefois fantaisistes sur l’actualité du moment. Quant aux réseaux sociaux, inutile de préciser qu’ils attisent le feu comme jamais, en se faisant souvent les leviers du pessimisme ambiant. Face à tout ça, il en est qui s’agitent en blablabla sur la sphère politique ou médiatique, en nous rabâchant qu’il faut retisser du lien social, recréer du «vivre ensemble», croire en la politique… Mais on est loin du début du commencement, quand le pouvoir ne fait rien pour réparer ces liens cassés. Aussi, la violence policière serait encore plus cynique car, au lieu de recoller les morceaux, elle ravivera des inimitiés, et même des haines entre des Algériens, pourtant profondément humains, sincères et authentiques…
M. N.

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