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Que lisent les Algériens?: Le para-scolaire et le scolaire en tête de liste

A la veille de l’ouverture du 23e salon international du livre d’Alger (SILA) qui est appelé à accueillir 2 millions de visiteurs, des questions sont à poser sur la situation du livre en Algérie.

Au regard de la nouvelle loi restrictive inhérente à l’importation du livre, l’avenir de celui-ci ne semble guère propice ni enchanteur. Si actuellement, on a affaire à un lectorat insignifiant et une production nationale en deçà des normes, prochainement, que sera son sort vu qu’il est déjà moribond. Le livre est- il est voué à disparaître? Le tocsin a t-il sonné pour le livre ? Cette nouvelle édition du salon international du livre d’Alger (Sila) semble hypothétique en raison de multiples contraintes imposées aux professionnels du livre. Ces derniers n’ont plus les coudées franches.

Le livre est-il vraiment  en danger ?

Une virée dans les librairies de la capitale renseigne sur la lecture et l’état du livre. Les algériens lisent peu et les ventes ne sont pas satisfaisantes au regard de la cherté du livre. A la librairie du Tiers-monde, M. Ali bey semble bien pessimiste par rapport au livre. Il déplore la loi relative à l’importation. «Cela aura comme impact, de moins en moins d’ouvrages importés en raison du visa d’importation qui soumet les libraires aux autorisations des divers ministères, notamment ceux de la culture, moudjahidine, éducation et affaires religieuses. Chaque fois que l’on veuille importer, on doit donner un listing des ouvrages pour avoir l’aval de ces différentes structures soit aux ministères des affaires religieuses pour un livre de théologie ou des moudjahiddine pour un livre d’histoire, ou au ministère de l’éducation pour les contes pour enfants. Notre liste des livres du mois de Mars 2018 soumise à certains ministères n’a pas encore reçu de réponses à ce jour», dit- il quelque peu navré. «Il est étonnant que des écrivains comme Malek Chebel ou Mohamed Harbi soient soumis à l’aval de ces structures. A vrai dire une situation parfaitement kafkaïenne qui dérange et entrave la liberté des professionnels du livre». Cette disposition ulcère les libraires et constitue un danger pour l’avenir des livres. On doit «s’attendre à avoir des ouvrages inintéressants de la part des importateurs», ajoute-t-il. «L’avenir des libraires est en danger et fait peur», précise-t-il. En matière de lecture, M. Ali bey affirme que les nouveautés ont la côte comme l’écrivain Yasmina Khadra avec son tout dernier ouvrage : «Khalil» qui rallie les suffrages des lecteurs. «Les livres d’histoire comme les mémoires ou ceux qui concernent la guerre de libération nationale sont demandés par les personnes d’un certain âge, mais en même temps, au top des ventes, se trouvent le para-scolaire et le scolaire qui se vendent le mieux», avoue-t-il.

Les dictionnaires en baisse

«La littérature algérienne, étrangère et les classiques ont leur lectorat. Dans ce panel, il y a les ouvrages d’art qui connaissent une embellie lors des fêtes de fin d’année et les livres religieux, notamment ceux qui traitent du soufisme qui sont appréciés. Pour la culture générale, ce genre de lecture semble être enclin pour la tranche d’âge de plus de 50 ans», affirme ce libraire. Selon lui, «Les dictionnaires qui constituaient le clou des ventes sont en baisse par rapport à une période passée». A la librairie Ibn Khaldoun, «les livres scolaires et para-scolaires sont en hausse pour cette rentrée, par contre certains se vendent à longueur d’année comme ceux de Paolo Coelho, Musso, et Dan Brown, selon une employée». A la librairie «Maison de la presse Braham», les livres parascolaires et les livres étudiés au programme du lycée sont très recherchés. Les auteurs Dan Brown, Marc Lévy et Coelho, Musso sont des vedettes. Selon le responsable, les livres de psychologie et de développement personnel sont très prisés par les jeunes, aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. A cet effet, un documentaire canadien révèle à ce sujet que l’année 2017 a vu un accroissement des ventes de 64% des livres de développement personnel au Canada générant 2 millions de dollars canadiens. C’est dire si ce genre d’ouvrages à le vent en poupe.

Les romans délaissés

Pour la littérature algérienne, Yasmina Khadra et Ahlem Mosteghanemi sont côtés, notamment, le dernier nouveau de cette ambassadrice à l’Unesco avec «Les femmes ne meurent plus d’amour». Les polars et les classiques trouvent également preneurs selon ce responsable. A la librairie kalimet, l’ambiance est plus favorable au regard de l’engouement pour les ouvrages scolaires et parascolaires dont les ventes ont augmenté pour cette rentrée. D’après les dires de l’employée «les goûts sont hétéroclites. Les œuvres étudiées au lycée ont la priorité des ventes ainsi que la littérature arabe traduite et d’origine». Et d’ajouter : «Les auteurs connus comme Yasmina Khadra, Ahlem Mosteghanemi et Adlène Medi tiennent le haut du pavé ainsi que les ouvrages d’histoire sur l’Algérie.» A la librairie place Audin , les responsables affirment que le parascolaire et le scolaire font grimper le pic des ventes. Un son de cloche unanime pour tous les libraires. Ce qui suppose que les romans, essais, nouvelles, études sont délaissés ou ne trouvent pas réellement un lectorat assidu. A l’évidence, la lecture ne semble pas être le fort des algériens. De multiples raisons s’y greffent (problème de langue, internet, prix du livre etc) et font que l’univers du livre est toujours moribond. A quand une belle envolée littéraire, d’autant qu’avec un nombre aussi important d’étudiants et de jeunes, la lecture devrait être une priorité.

Kheira Attouche

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