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Règles de jeu…

La scène politique ne vaut pas plus que la zakat à 120 dinars, cette année. S’en acquitter signifie qu’elle ne représente pas grand-chose et que sa dépréciation n’est pas le fruit du hasard. C’est la résultante d’une représentativité politique désormais caduque. La désaffection continue à l’égard de la politique s’explique par la dévalorisation partisane et le parti se résume à quelques militants ou accessoirement à des membres de sa famille et de son quartier. Même les grosses cylindrées voient leurs joueurs quitter le terrain, sans que l’arbitre n’ait sifflé la fin du match. Mais ça n’est pas un match de foot, diront les voix sérieuses. Oui, mais ça n’empêche qu’on préfère laisser jouer, comme d’habitude, à «qui perd gagne», ce jeu où les règles sont inversées pour que le perdant remporte la partie par l’urne. En tout cas, la présidentielle du 4 juillet est contestée et sa mise en branle est, d’ores et déjà, délégitimée, d’autant plus que peu de monde prévoit de se rendre aux bureaux de vote le jour J. Normal, un terrain avec arbitre, juges de touche, commissaire au match et quelques joueurs ne ressemblera à rien d’autre qu’à un non-sens, sans ce public et ses supporters. Ces derniers ont désormais besoin de nouveaux visages. Bien entendu, cette constatation mérite d’être affinée. Entre 1962 et 1988, le terrain a connu des moments d’embrasement annonciateurs d’Octobre. Le printemps berbère de 1980 ou les émeutes de Constantine en 1986 restent dans les mémoires. De même que la décennie noire ne pouvait permettre de s’en prendre au système, à l’arbitre dépassé par les envahissements de terrain. Dans tous les cas de figure, il y a eu violences et déchirures. Cette violence a servi à l’éveil des consciences et l’arbitre a su prendre ses responsabilités en brandissant ses cartons jaunes ou rouges. Mais cette fois-ci, à qui brandir les cartons, qui expulser pour violence ? Le mouvement populaire est pacifique. Il a, certes, eu envahissement de rues, mais pas de terrain de jeu. Il s’en désintéresse plutôt et la désaffection du politique illustre bien le rejet d’une élection présidentielle à l’emporte-pièce, impossible à tenir dans les délais. En fait, la refondation totale et complète de la scène politique est inévitable et nécessaire. C’est un chantier long et éreintant, au vu des dégâts occasionnés. Pourtant, le mouvement populaire a démontré son niveau de conscience et son refus de l’arnaque politique s’étale au grand jour. Alors plus que jamais, il tient à une véritable alternative, celle qui redonnera vie à la puissance de ce pays et qui refusera toute sorte d’aventure, électorale ou footballistique. Il veut désormais voir du beau jeu et, «si impossible n’est pas algérien», il le doit à des petits poucets qui avaient terrassé un ogre lors d’une Coupe du monde en 1982. Ce jour-là, les poulains de Khalef avaient donné une leçon aux Allemands qui les avaient pris de haut. L’un d’eux, un certain Breitner, avait même insinué que ses coéquipiers pourraient remporter la rencontre en smoking. Résultat des courses, nos Fennecs surprennent le monde entier en l’emportant par deux buts à un, et deviennent les premiers africains à vaincre une nation déjà championne du monde de foot. En politique, c’est pareil. Pas besoin de smokings ou d’être un grand escogriffe assermenté pour s’imposer. Suffit juste de respecter les règles de jeu, devant un public conscient de ces règles…
M. N.

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