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reportage : Poumon de Hydra et de ses environs La forêt du Paradou livrée à la délinquance

Avec le parc Olof Palme, ce bois constitue une véritable source d’oxygène où diplomates et riverains se croisaient dans un tour de jogging.

Récupérée il y a une quinzaine d’années par les autorités locales après avoir longtemps servi de refuge aux délinquants de tout acabit et interdite de ce fait aux paisibles citoyens des quartiers environnants, la petite forêt a connu une animation favorable, au grand bonheur des amoureux de la nature.
Les familles ayant trouvé sécurité et tranquillité affluaient de plus en plus vers ce havre de paix, et les représentants des missions diplomatiques venaient nombreux se défouler dans ses pittoresques parcours aux senteurs de pin et de lentisque.
L’APC de Hydra, faut-il le souligner, n’a pas ménagé ses efforts pour la protection de cette forêt, d’abord par l’installation d’une clôture dans le souci de prévenir d’éventuels actes de vandalisme, et sur un autre plan assurer l’entretien pour un meilleur confort des visiteurs.
Une initiative qui a vite permis de faire des lieux un centre d’attraction, de détente et de loisirs.
Chacun trouvait son violon d’Ingres, du footing à la simple rêverie bucolique en passant par la marche à pied. Adhérant aux bonnes décisions, des bénévoles ont apporté de l’eau au moulin en installant des barres parallèles pour ceux qui veulent se muscler. Pour la bonne cause, la municipalité a mis en place une organisation tendant à assurer une sécurité suffisante, et ce, par le système d’équipes d’agents.
La forêt s’étendant sur 11 hectares avait en fait besoin de l’effectif nécessaire pour une couverture sécuritaire adéquate.
Les côtés ludique et culturel n’étaient pas en reste et la forêt a été dotée d’une médiathèque où les enfants pouvaient profiter de l’outil informatique, suivre des cours sur l’environnement et s’épanouir dans cet espace sain en admirant les jolis aquariums garnis de différentes espèces de poissons. La forêt avait également une volière : pigeons roucoulant, pintades jacassant et paons faisant la roue.

Désolation

Côté jardin, les dithyrambes s’arrêtent là. Car, il faut aussi le relever, les efforts de la municipalité se sont en peu de temps estompés pour laisser place à ce qu’on peut qualifier d’abandon. Rétention de trésorerie ou étiolement de volonté probablement induit par l’incivisme ? Les motifs importent peu du moment que l’état des lieux plaide plutôt pour la désolation. Et si la forêt garde toujours son petit charme, on ne peut en dire autant quant au manque d’entretien qui la caractérise.
La végétation luxuriante née à la faveur de la générosité du ciel a envahi ses allées et les rares sportifs qui par nostalgie continuent de fréquenter ces bois trouvent toutes les difficultés du monde à accomplir leur parcours. «Les sentiers ont besoin d’une couche de tout venant pour combler les trous et permettre un peu de confort aux piétons», remarquera cet habitué des lieux. A regarder l’aspect sauvage de certaines espèces végétales, on comprendra aisément que l’intervention des agents chargés de cette tâche ne date pas de la dernière pluie. Beaucoup d’amoureux de cette forêt n’y viennent plus. A commencer par les étrangers et tout particulièrement les représentants des missions diplomatiques qui y trouvaient l’endroit idéal pour l’activité physique. «Cela fait plus de dix ans que je viens régulièrement ici. Au début c’était à chaque fois un moment de plaisir de me promener parmi ces essences revigorantes.
Une heure de détente me remettait d’aplomb. L’endroit est agréable et on se sent à la campagne tout en étant en ville.
Malheureusement, depuis quelque temps, les lieux ont connu une dégradation malgré toute la bonne volonté des agents de sécurité. A ce titre, il y a lieu d’observer que l’effectif affecté à cette forêt a été réduit, à telle enseigne qu’il y a lieu de s’inquiéter de la propre sécurité des deux seuls agents ayant la charge de surveiller toute la forêt. Comment voulez-vous que deux hommes puissent avoir l’œil sur tout ce qui se passe sur 11 hectares ? On ne peut être au four et au moulin, d’autant plus que le relief de la forêt est accidenté».

Toxicomanie et chiens sans laisse

La réduction de l’effectif n’a pas manqué d’impacter de manière générale la sécurité des lieux, jadis havre de paix. Et si les familles sont de moins en moins présentes, c’est aussi en raison de ce facteur. La clôture du bas-côté de la forêt donnant directement sur le boulevard Said Hamdine a été vandalisée par des délinquants qui se retrouvent la nuit venue pour s’adonner loin des regards au vice de la drogue.
Et là justement comme le souligne un riverain, il est nécessaire de renforcer la sécurité. Selon lui, il arrive que des policiers, alertés par l’un des deux agents de sécurité, investissent mes lieux, mais ce n’est pas toujours le cas, sachant qu’un seul gardien ne peut être constamment à cet endroit sans oublier qu’il peut à tout moment faire l’objet d’agression de la part d’un groupe de délinquants. Au même chapitre, des citoyens ont relevé la fréquentation des lieux par des promeneurs de chiens.
Des jeunes notamment qui veulent s’épater mutuellement avec différents races de canidés. Parfois de celles dites méchantes. Le hic est que souvent le chien n’est pas tenu en laisse. L’on peut donc aisément s’imaginer la frayeur que peut donner un gros chien lâché parmi des enfants, des femmes et des personnes âgées. «Cette pratique va à l’encontre de nos valeurs religieuses et de nos traditions. Il arrive qu’un chien vienne baver sur vos vêtements, ce qui n’est pas admis par notre religion», observe ce vieillard sorti pour un bol d’air.
Le vieux qui en a gros sur le cœur parle d’autres désagréments. «Le salon de thé faisant en même temps office de pizzeria donne mauvaise image aux visiteurs, notamment par la vue de ces jeunes en tenue à la limite de l’indécence. Pour un endroit destiné aux familles, car entouré par les cités et les administrations publiques, cela ressemble à de la provocation.
Et même si des faits relevant de l’ordre public n’ont pas été enregistrés ici, il y a lieu de respecter ces familles», dit-il. Selon les dires d’un autre citoyen, l’établissement en question s’est distingué dans le passé pour avoir durant quelque temps pollué cette forêt par des rejets d’eaux usées provenant d’un égout à ciel ouvert. Il aura fallu plusieurs mises en demeure avant que le propriétaire daigne procéder à la réparation nécessaire.
Les habitués de la forêt du Paradou veulent renouer avec elle pour peu que l’APC reprenne la situation en main et redonner aux lieux son charme en dégageant les allées des mauvaises herbes envahissantes, en aplanissant les parcours utilisés par les sportifs et en renforçant l’effectif des agents pour une meilleure sécurité des lieux. Ces mêmes habitués interpellent le P/APW, Karim Bennour, l’ancien maire de Hydra, connu pour être un grand défenseur de l’environnement. Un geste aussi à la mémoire de feu Olof Palme, cet ancien premier ministre suédois ami de l’Algérie dont cette forêt porte le nom.

Ali Fares

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