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Réveillon en clair-obscur…

Notre pays, multiple et indivisible, aura eu la belle surprise, mercredi dernier. Yennayer 2968, l’une des portes de l’année où l’on conjure les esprits maléfiques, sera donc célébrée officiellement ! Depuis le temps, il était temps de donner aux esprits bienfaisants leur journée fériée et, pas que… Mais, comme d’hab, il en est qui déplorent déjà que le 12 janvier prochain sera un vendredi déjà chômé et payé. Quand midi pointera à quatorze heures, ils seront peut-être au diapason du bon sens et de la raison. Avant cela, une bête immonde, crainte et méprisée, va se vêtir d’artifices pour couper le sifflet à 2017.
Des artifices et des milliers de lumières pour mettre à mort celle qui n’aura cessé de faire fantasmer entre «minbars» de mosquée et comptoirs de bar. Promesses et espoirs d’une aube joyeuse vont saluer d’ivresse la nouvelle année sur calendrier. Un clair-obscur qui subjugue par sa duplicité. L’heure de se réveiller n’étant jamais indiquée aux noctambules, le minuit de demain servira, comme à chaque fois, d’assommoir. Pendant que les fêtards seront bien «allumés», cet assommoir éteindra une lampe que personne ne pleurera, apparemment. Et pour que le jour se lève sur 2018, le souvenir de 2017 trinquera aux vieilles histoires qui ne meurent jamais. En somme, un clair-obscur, une lumière tamisée et diffuse, sans qu’on n’y prenne garde. Toujours aussi réfractaire aux leçons du passé, ce clair-obscur bercera l’année qui vient et bernera par ses magiciens et ses illusionnistes. Cette fois-ci, les naïfs et les crédules, les désespérés et les exaltés seront gâtés. Tous sur le même bateau, embarqués pour une aventure estampillée «promotion de l’économie nationale et acceptation du partenariat public-privé», on se doit d’éviter le naufrage. Les plus optimistes prétendent qu’il convient de tenir la barre, de ramer dans le même sens pour sauver l’esquif et éviter le pire. Les autres, irascibles pessimistes, affirment que les pauvres moutons que nous sommes (…) payeront la facture en clair-obscur. Qui et que croire ?
La sirène charmeuse sortie des profondeurs marines ou ce dragon mi-terrien, mi-marin qui ordonne que des tonnes de sardines soient rejetées en mer ? Des sardines abondantes et à bas prix, ça bouche le sens humain du côté de la Salamandre de Mostaganem. La reprise prochaine de l’exploitation du corail, suspendue depuis 2001 en raison de pratiques illégales, avalera peut-être la grosse sardine. Décidément, le clair-obscur prend souvent des allures de monstre hideux ! Un monstre qui n’a, en fait, jamais cessé de réclamer 19 pour faire 20. Feignant ignorer les tragédies humaines de par le monde, tant au Yémen qu’en Syrie ou en Birmanie, il nous mène en bateau sur un océan d’incertitudes. En fait, il n’y a pas d’illusions à se faire. L’horizon promis, le pays de Cocagne n’est que dans l’imaginaire de certaines cultures européennes. Cette sorte de paradis terrestre, de contrée miraculeuse où la nature déborde de générosité n’est qu’une vue de l’esprit.
La réalité est toute autre, ici en Algérie comme partout ailleurs, tant que dinar, dollar ou euro feront rois des roublards. Consciencieusement plumé par des commerçants véreux, des taxes et des contraintes qui n’ont eu de cesse d’augmenter, le pouvoir d’achat du citoyen lambda reste souvent le bec dans l’eau. Échaudés par des promesses, en clair-obscur, il se surprend à applaudir l’élection de «Mister George» Weah au Libéria. L’enfant des bidonvilles de Monrovia, ex-star planétaire du ballon rond, devenant chef d’Etat en 2018, ça fait vite rêver ceux et celles qui n’ont pas un rond. Tant mieux, car ils ne se laissent pas voler leurs rêves par un quelconque monstre hideux. Ils ont une force de vie qui les fera chercher honnêtement l’argent, comme réponse à tous les tracas. Bonnes fêtes de fin d’année, pour ceux qui le peuvent…

Mourad N.

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