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Sans le parler-vrai…

Arrêtés, ligotés, pendus et jetés dans la Seine, nos compatriotes avaient eu le tort de manifester pacifiquement, contre le couvre-feu raciste que leur avaient imposé le sinistre Papon…

Dans le devoir de mémoire, les commémorations sont essentielles. Elles disent des vérités crues au risque de déplaire, d’irriter, d’offenser, ou pire encore, de blesser. C’est ainsi que le 17 octobre s’inscrit, chez nous, en lettres de sang pour que personne n’oublie les massacres et les ignominies d’il y a 57 ans, en plein cœur de Paris. L’ancien valet des nazis avait lancé des milliers de policiers, CRS et gendarmes, pour «tordre le cou» à des civils sans armes. Arrêtés, ligotés, pendus et jetés dans la Seine, nos compatriotes avaient eu le tort de manifester pacifiquement, contre le couvre-feu raciste que leur avaient imposé le sinistre Papon et son premier gouvernement de la Ve République. Macabre fut le décompte de cette journée. Des historiens des deux rives de la Méditerranée ont eu le temps d’établir et d’imputer ce crime comme un crime d’Etat français. Condamnée par l’Histoire, cette France n’en finit pas de jouer avec les maux et les mots. Avec ses «vérités» en courant alternatif, elle défend son bout de gras et son obsession des migrations, venues d’ailleurs. Le 17 octobre est éparpillé, réduit à sa plus simple expression, via une stèle dite artistique, souhaitée par la maire de Paris. Cette stèle ne sera, en fait, qu’un angle de vue, en biais du réel. Tout juste un fragment de vérité sur une autre date, celle internationale, des migrants du 18 décembre cette fois-ci. Elle aussi s’enlise, s’encastre dans l’ordinaire de leur culture politique frileuse. Comme pour le 17 octobre, ça noie le poisson. Et pour l’anecdotique, Macron croyait sortir de la cuisse de Jupiter en avouant, lors de son allocution de mardi soir, s’être trompé en parlant vrai. Son supposé parler-vrai aurait été une tare avant son remaniement. Bizarre, bizarre, quand on sait que rien n’est plus difficile pour un politicien, que de s’exprimer dans l’authenticité. Ça se délecte, plutôt, dans les populismes de tous poils. Bref, le respect de la vérité reste une perle rare, et non pas une tare… D’ailleurs, c’est le même topo, à propos de la politique de migration en Europe. Ce parler-vrai n’est nulle part, à l’heure où tout le monde est entré dans une interdépendance et une communication généralisée. On sait comment et pourquoi nos compatriotes, massacrés ou déportés, l’ont été en octobre 1961. La France coloniale avait besoin d’eux durant les fameuses «Trente glorieuses» d’après Seconde Guerre mondiale, pour trimer docilement sur les chantiers. Aujourd’hui, le pays du jambon-beurre, à l’instar de l’Europe vieillissante, a aussi besoin d’une population active renouvelée. Or, que voit-on ? Des crispations néo-nationalistes, une orthodoxie identitaire et un archaïsme culturel, plus dangereux que les menaces déferlantes et les risques de submersion. A coups de stigmatisations grossières, des ghettos et une vaste maçonnerie de murs s’installent dans la souffrance, et l’humiliation subies par les plus faibles. Le parler vrai sur ce flux migratoire est, certes, dans la bouche de quelques ONG, associations ou acteurs politiques. Ils s’escriment dans le silence et l’indifférence de ce troisième millénaire, qui se gargarisera d’une Journée internationale des migrants, le 18 décembre. Ça leur fera une belle jambe, en attendant de vrais hommes d’Etat pensant, enfin, à l’avenir de l’humain, hors des contingences électorales. Alors là, peut-être que la Seine de 1961 et la Méditerranée d’aujourd’hui, ne seront plus ces cimetières ignorés, ayant englouti tous les espoirs et encouragé toutes les lâchetés, faute de parler vrai…

 

Par Mourad N.

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