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Soudan.. Pourquoi l’Arabie saoudite ne souhaite pas la démocratie

Au moins 30 personnes ont été tuées et des centaines blessées lundi 3 juin, dans la dispersion ‘’par le Conseil militaire’’ au pouvoir au Soudan du sit-in de manifestants devant le siège de l’armée à Khartoum.

L’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats ne souhaitent pas la démocratie au Soudan. Riyad et Abou Dhabi se démènent dans la crise au Soudan de peur de voir «le flux de combattants soudanais au Yémen cesser». Dans un entretien accordé à un média russe, Akram Kharief, expert en questions militaires, a expliqué la généalogie et les enjeux de «l’ingérence» saoudienne et émiratie au Soudan, ainsi que ses différents aspects. Il a ensuite levé le voile sur les rôles de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie dans la crise soudanaise. Akram Kharief note que «l’Arabie saoudite et, dans une moindre mesure, Émirats ont commencé à peser lourd sur le Soudan depuis l’année 2012». «L’enjeu de la participation de l’armée et de milices soudanaises à la guerre au Yémen dirigée par l’Arabie saoudite». «Des dizaines de milliers de soudanais y ont participé, dont six à sept mille sont morts au combat». «L’ingérence de Riyad et d’Abou Dhabi dans le processus politique et transitionnel à Khartoum était tout à fait prévisible», selon le spécialiste des questions militaires.
«Au début des manifestations au Soudan, il y avait une entente entre la rue et le commandement militaire qui a chassé l’ex-Président Omar El-Bachir», affirme M. Kharief, ajoutant qu’ensuite «un revirement a eu lieu sous la pression de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis en raison de deux facteurs importants. Le premier est la peur de voir le flux de combattants soudanais au Yémen cesser. Le deuxième est la peur d’un revirement idéologique dans le pays, vu que les manifestants ont appelé à abandonner l’application de la Chariaa et la mise en place d’un État laïque», a-t-il expliqué. «Suite à son changement d’attitude à l’égard des manifestants, l’armée soudanaise a reçu des aides militaires des deux monarchies du Golfe», a expliqué l’expert. Il note que «le Haut commandement de l’armée soudanaise, qui a refusé au début de se prononcer sur l’envoi des soldats au Yémen, a finalement affirmé qu’il maintenait la participation de ses troupes dans cette guerre».
Akram Kharief a précisé qu’«il y a également l’influence de l’Égypte qui ne veut pas voir une démocratie à ses portes, et qui fait du lobbying au profit de l’armée soudanaise au sein des institutions africaines. Il y a également celles de la Turquie et du Qatar, qui apportent un soutien financier et moral aux Frères musulmans, qui tentent de profiter de la situation actuelle pour reprendre le pouvoir», a-t-il conclu. Au vu de la tournure sanglante prise par les manifestations populaires au Soudan, Moncef Marzouki, l’ex-Président tunisien, a appelé lundi 3 mai, l’armée soudanaise à prendre exemple sur les armées tunisienne et algérienne qui ont pris le parti du peuple et qui l’ont protégé. Il a mis en garde le Haut commandement de l’armée soudanaise contre les graves risques que son rapprochement avec Riyad, Abou Dhabi et Le Caire font peser sur l’indépendance du pays. «Au moins 30 personnes ont été tuées et des centaines blessées lundi 3 juin, dans la dispersion ‘’par le Conseil militaire’’ au pouvoir au Soudan du sit-in de manifestants devant le siège de l’armée à Khartoum», a annoncé un comité de médecins proche du mouvement de contestation, cité par l’AFP.
R. I.

Officiers de l’armée limogés
Au Soudan, Abdel Fatah al-Burhan, chef du Conseil militaire qui dirige le pays depuis le départ du président Omar el-Béchir, a annoncé, dimanche 09 juin, la mise en retraite d’office d’une centaine d’officiers. La plupart sont des hauts gradés dans le domaine de la sécurité et des renseignements. La junte affirme que cette mesure n’a rien à voir avec les troubles qui agitent le pays et la crise en cours. Les opposants y voient des signes de division à la tête de l’appareil militaire. Le porte-parole du service de sécurité et du renseignement a indiqué, dimanche, à l’agence soudanaise de presse Suna que cette mesure est «routinière» et qu’elle «s’applique, annuellement, à toutes les forces sécuritaires». Ainsi, selon les différentes déclarations officielles, cette purge qui a touché une centaine de généraux et d’officiers très hauts gradés intervient afin de réorganiser les différents services sécuritaires. Les protestataires font cependant remarquer que cette décision intervient suite aux informations faisant état de divisions dans les rangs de l’armée et des services de renseignement et qui se sont accrues après le massacre de Khartoum, la semaine dernière, qui a fait plus de 123 morts. Autre indice de ces tensions entre les forces de sécurité : celui de ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux montrant des militaires et des policiers tués ou blessés par les milices RSF, le jour du massacre. D’autres informations affirment que le chef de la police aurait démissionné. Il s’agit de la deuxième purge qui a lieu au Soudan depuis avril dernier. La première avait également visé des dizaines d’officiers dont, à leur tête, Salah Gosh, le chef des services de renseignement lui-même.

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