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Souvenir inaltérable…

Il est donc parti, lui aussi. Après la douleur, le choc de la triste nouvelle, il nous faudra désormais employer l’imparfait, ce temps radical du passé révolu, pour évoquer l’ami. Pourtant, sa mort étant survenue au bout d’un voyage en hélicoptère, convient-il de parler à l’imparfait ? Oui et non, car aussi étrange que puisse paraître la vie, sa mort ravive en nous le visage toujours souriant, la voix mélodieuse et le regard pétillant de Djamel Allam, l’artiste complet, l’éclaireur culturel. Sans doute, un clin d’œil taquin à l’ignoble cancer du pancréas qui l’aura éteint. Et, il est certain que cette maladie ignore tout de la joie de vie, de l’art et de ses splendeurs…
Une ignorance crasse qui n’aura pas empêché une destinée, un parcours, et une apothéose tournés vers les autres. L’amitié, le partage, le don de soi font de Djamel un être irremplaçable, toujours vivant aux yeux de ceux qui l’ont connu, apprécié et partagé sa compagnie. C’était, (ah, ce temps révolu de l’imparfait…) à l’orée des années 2000 à Annaba. Cette soirée restera inoubliable, autant que l’est notre ami commun, Ammar Chétibi, le défunt dirlo de la cinémathèque locale. Tous deux, nous regardent, peut-être, au-delà des cieux… Et là, l’existence attise en nous le désir fou de revoir des êtres chers et précieux, comme Djamel. Revu quelques années plus tard, à Paris, il avait la même bonhomie et la même verve pour des soirées conviviales, fraternelles. Hélas, ça ne sera pas le cas, aujourd’hui. Ça sera pour plus tard… Reste ce souvenir précieux et inaltérable. Il nous susurre à l’oreille qu’il ne sert à rien de se lamenter sur nos légèretés, nos étourderies, nos négligences de n’avoir pas su établir un lien plus fort avec celui qui passait ainsi, en pointillés. Son monde à lui, n’était pas en pointillés. Des cimes de Yemma Gouraya aux pérégrinations marseillaises, parisiennes ou d’ailleurs, ce monde-là, s’appelle harmonie. Une harmonie intellectuelle, artistique et humaine ! Pas de rapports de force, chez celui qui aura été l’un des piliers de la musique d’expression kabyle. Sans forfanterie, ni combat, il prônait son identité avec la pédagogie qui sied aux grands hommes de culture. Aux régionalistes, aux considérations sectaires, il maintiendra le cap des principes communs à la diversité nationale. Targui, chaoui, soufi ou Sidi Zekri, pour lui, tout concourt à être chaâbi dans le sens populaire du terme. Et, pour ceux qui ne comprenaient pas, il chantait, composait et expliquait, avec douceur, candeur, ce qu’est la poésie, celle qui puise ses valeurs dans notre terroir. Un terroir où sont enracinés des vers, des rythmes, des sonorités et un sens infini d’harmonies. Faut dire qu’il a été à bonnes écoles. Celle d’abord, de Cheikh Sadek Bédjaoui, et, ensuite, celles qui l’ont vu s’éclater en Europe et en Amérique. D’ailleurs, sa carrière artistique ressemble fort à celui qui vient de tirer sa révérence. Cheveux au vent et barbe fournie, il aura apporté sa pierre. Il aura nourri, par tant de fulgurances, de rêves et d’espoirs, les appétits des déracinés en ce bas monde. ”Thella”, ”Argu’, ”M’ara d-yughal”ou encore ”Ouretsrou” ne sont qu’un aperçu de son immense talent. Sa générosité et ses convictions sont plus grandes. Elles nous reviennent en mémoire, maintenant qu’il est parti, qu’il a perdu la vie, certes. Mais son âme restera, car son départ n’en est pas tout à fait un. Et, dans ce curieux mélange de tristesse et de désolation, sa fin se fait renaissance au souvenir intense d’un ami, pas comme les autres. Ce souvenir demeurera encore longtemps et bien plus encore, ici ou là, sans qu’on le sache vraiment. Profonde admiration, affection et respect, l’ami…

M.N

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