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Tlemcen: On y chante l’andalou en famille

Au moment où Alger accueille le 12e Festival international de la musique andalouse et des musiques anciennes, la ville de Tlemcen vit au rythme des journées Hadrat El Andalous.

Comme à Alger, Blida, Bédjaïa, Cherchell, la ville de Tlemcen ne peut vivre sans la musique andalouse. Dans cette ville connue pour ses mariages traditionnels et la tenue de la mariée appelée Echedda, on chante l’andalou et le hawzi en famille. Les chanteurs d’Alger, Blida, Koléa ou les mélomanes qui ont eu l’occasion de se produire ou d’assister à des fêtes de mariage ou à des concerts à Tlemcen se sont étonnés par le fait que tout le public suit la nouba du début à la fin en chantant. Femmes, hommes, jeunes et moins jeunes connaissent tous les paroles pratiquement de tout le répertoire classique. A Tlemcen, le chant andalou est tellement pratiqué qu’on peut facilement trouver des chanteurs très doués avec de très belles voix et qui ne rêvent jamais de devenir célèbres. Pour eux, la chanson est quelque chose de naturel qui se pratique quotidiennement. Il faut rappeler que Tlemcen a toujours eu de grands maîtres de l’andalou et du hawzi et certains d’entre eux, bien qu’ils aient de grandes connaissances n’ont jamais été intéressés par les enregistrements de disques et la célébrité préférant se consacrer à la formation des jeunes.

Bensari, père et fils

Si aujourd’hui, Tlemcen est représentée surtout par des chanteurs et chanteuses tels que Brahim Hadj Kacem, Meriem Benalla, Zakia Kara Turki, Rym Hakiki et le maître du hawzi Mohamed Ghafour, qui s’est retiré de son propre gré, cette ville nous fait toujours penser à Cheikh Larbi Bensari qui, paraît-il était le dernier à connaître les 24 noubas de l’andalou. Certains musicologues ont affirmé que l’histoire de l’existence des 24 noubas n’est qu’une légende, d’autres y croient toujours. Né en 1872 (ou avant ?) Larbi Bensari n’aurait pas été invité par les premiers directeurs de la RTA à enregistrer. Les motifs sont inconnus. Ils ne savaient peut-être pas que c’était une urgence d’enregistrer le grand maître avant sa disparition. Il faut dire aussi, qu’à cette époque, les producteurs avaient trop délaissé notre patrimoine au profit des chansons égyptiennes qui étaient à la mode. De Tlemcen, le grand public ne connaît pratiquement que Abdelkrim Dali pour ses passages réguliers à la télévision le jour de l’Aïd. Découvert par Cheikh Omar Bekhchi, Dali avait été encouragé par Abdesslam, le frère de Larbi Bensari qui l’encouragera et l’invitera à faire partie de son orchestre. Très doué, le jeune Abdelkrim montrera ses capacités vocales en reprenant des chansons d’Oum Keltoum et de Mohamed Abdelwahab en vogue à l’époque. Par la suite, il sera remplacé par Rodhouane le fils le plus doué de Larbi Bensari. Il fera alors partie de l’orchestre de Cheikha Tetma qui ne cessait de faire parler d’elle. La rupture avec Larbi Bensari est motivée par le fait que le grand maître ait choisi son fils Redhouane pour l’accompagner au Congrès de la musique arabe au Caire en 1932. Ce choix n’est sûrement pas motivé par le népotisme car les mélomanes reconnaissent que Rodhouane est le plus grand chanteur tlemcénien après Cheikh Larbi. Mahieddine qui ne ratait jamais l’occasion d’enrôler dans sa troupe les artistes montants remarque Dali lors d’une tournée et l’encourage à enregistrer son premier disque en 1930. En 1938, il fera une longue tournée à travers le territoire avec Les tournées Mahieddine et en 1940, Boudali Safir, alors directeur des programmes arabes de la radio, l’invite à participer aux concerts de l’orchestre andalou. En 1952, il deviendra définitivement membre de cet orchestre. Après l’indépendance, il chantera lors des semaines culturelles algériennes à l’étranger et donnera des cours au conservatoire d’Alger puis à l’Institut national de musique. Comme le grand maître Larbi Bensari, Dali jouait de plusieurs instruments mais préférait s’accompagner au luth.

Tetma

Tetma qui est enterrée au cimetière de Sidi M’hammed à Belouizdad (Alger) sera parmi les meilleurs chanteuses de hawzi aux côtés de Fadhila Dziria et Meriem Fekkai dite El Bessekria. Mâalma Yamna restera, bien sûr inégalable. D’après de grands maîtres de l’andalou notamment Sadek Bédjaoui, la plus grande chanteuse depuis Yamna est Nassima qui a été la première femme à enregistrer une Nouba complète au début des années 1970. Il faut dire qu’il est très difficile d’écrire l’histoire de la musique de Tlemcen sans oublier quelques maîtres car la ville connaît de nombreux chanteurs et musiciens qui n’ont pas eu la chance ou n’ont pas voulu être médiatisés. En tout cas, à Tlemcen certains noms tels que Sekkal, Bekhchi, Dib et Brixi sont très connus. Dans cette ville, les associations et les artistes foisonnent. La musique andalouse est pratiquée dans la plupart des familles. D’ailleurs, lors des fêtes familiales, les chanteurs n’ont pas besoin de chorale. Tous les spectateurs connaissent les textes et prennent plaisir à suivre la mélodie.

Bari Stambouli

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