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Tlemcen: Ramadhan entre tradition et modernité

Ramadhan, mois sacré de piété, de solidarité et d’entraide, a été, et l’est de toujours pour les algériens en particulier une étape fondamentale où la spiritualité reprend sa place dans la vie des personnes au-delà de toute considération matérialiste.

Malgré l’évolution des mœurs et la modernité des temps présents, son rituel n’a point perdu de sa ferveur et nécessite, chaque année, des préparatifs particuliers dans toutes les régions du pays. Il revêt un caractère religieux et sentimental car il représente l’un des cinq piliers de l’Islam et le mois où le Coran a été transmis au Prophète Mohamed (PSL) par l’ange Gabriel lors de la nuit du destin. Donc à chaque mois de Ramadhan ses prédispositions et chaque région ses spécificités. Malgré la cherté de la vie, nul ne lésine sur les moyens pour s’approvisionner en ingrédients et autres denrées, indispensables dans la confection des plats spécifiques à ce mois telles les soupes et les Tajins sucrés. C’est tout un autre art culinaire qui prend le relais aux plats traditionnels. En grande Kabylie c’est la galette aux herbes médicinales et le frik épicé qui refont surface en plus du traditionnel couscous à la semoule d’orge et les piments verts macérés dans l’huile d’olive alors qu’à Djelfa, par exemple, la réputée «Doubara» qui fait le bonheur des jeûneurs. Un plat incontournable et très apprécié par presque tous les gens du sud du pays à cause de ses vertus appétissantes. A l’est du pays, les Tajins sucrés ainsi que la soupe de Frik en plus des boureks à la viande Hachée et aux œufs qui sont les plus prédominants dans la gastronomie des constantinois et annabis. Le mois sacré ressuscite et ravive nos rituels, nos traditions et nos valeurs culturelles ancestrales et malgré notre diversité culturelle traditionnelle et sa richesse, il est accueilli par l’ensemble des populations par la même dévotion. C’est un mois qui tisse des liens solides dans la société car il est vécu dans un esprit communautaire. Dans la capitale des zianides, il a une connotation particulière et les femmes, au cours des soirées post-ramadhan se rencontrent entre voisines dans leurs foyers respectifs pour la préparation de la précieuse pâte roulée appelée «El-Mkatfa», indispensable pour la soupe quotidienne, tout en gazouillant le fameux chant ancestral de «Tamtam Yatam Tam Yadjmaâ Sidi Ramdane Rah Ja wa jab Kheiro Maâ» et au-delà de ces escarbilles, ce mois sacré est accueilli dans la capitale des zianides dans une ferveur singulière et la ville connaît une intense activité. Toutes les épiceries de la Médina, de Derb Sidi Hamed et de Derb Messoufa, sont prises d’assaut par la gente féminine pour s’approvisionner en épices, Tchicha, frik, semoule, beurre et herbes. Cette fièvre est vécue par l’ensemble des familles algériennes car, dictée par la tradition, la soupe aux légumes, «Hrira», frik ou Tchicha, selon les régions, sont un plat incontournable pour rompre le jeune. Elle doit être, donc, bien épicée et bien fournie en ingrédients très consistants tels les fèves, les pois chiches et le riz. A Oran, la Chorba est accompagnée par la «Maâkouda», un beignet de purée de pomme de terre, d’œuf et de persil, très digestive et très appréciée dans l’Oranie. Jadis le mois de Ramadhan rassemblait voisins et proches autour d’une table bien garnie où tout un chacun apporte un petit plat préparé minutieusement, mais autre temps, autre mœurs la modernité a changé les habitudes. Les familles préfèrent rester cloîtrées chez elles à regarder les interminables feuilletons brésiliens ou turques. âmes communautaire et tous les voisins s’invitent entre-eux, mais avec la modernité actuelle de la vie, on a tendance peu à peu à s’enfermer chez soi à suivre les interminables feuilletons. Autrefois on n’achetait guère le pain du boulanger .Il était confectionnait par chaque mère de famille dans les fours traditionnels. Ce délicieux pain est vendu aujourd’hui dans tous les étalages ou au bord des routes nationales par des femmes ou des enfants. Il est devenu de nos jours un commerce très lucratif car ces galettes traditionnelles font baver tous les passants.

L’hospitalité est de mise

On dit souvent que Ramadhan est le mois de tous les envies. On passe ses journées à faire des emplettes beaucoup plus pour assouvir ses envies que par gourmandise. Toujours est-il, le mois sacré en Algérie garde encore ses traditions culinaires, ses rites et ses habitudes nocturnes malgré les mutations sociologiques qu’ont connu nos villes au fil des siècles. Le matin, les pères de famille se dirigent machinalement au marché pour s’approvisionner en produits frais, notamment les légumes et les fruits et à avant la rupture du jeune, on se dirige vers les pâtisseries pour acheter la «chamia», «zlabia», «Qualb El-Louz» et d’autre sucreries qui font partie d’un rituel presque quotidien malgré leurs prix élevés. Les repas du ftour rassemblent tous les membres de la famille autour de la table. Parfois, on invite un nécessiteux, un passant, un voisin ou un collègue de travail. L’hospitalité est encore de mise dans toutes les régions du pays. A ce titre et à l’entrée de la ville de Boussaâda et dans le sud du pays, les visiteurs sont accueillis dans les familles.il y est ouvert un restaurant gratuit pour tous les routiers et autres voyageurs. Autrefois à Tlemcen,avant la rupture du jeune, les gens apportaient avec eux des dattes et du lait, se massaient le long des remparts de la ville et attendent les coups de canon «El-Madfaâ» qui annonçait la rupture du jeune, aujourd’hui c’est la sirène. La rupture du jeûne est ainsi faite dans un esprit communautaire avant de se diriger à la mosquée pour la prière du Maghreb. Après avoir rompu les jeunes, les cafés sont pris d’assaut pour l’éternel café expresso en attendant l’annonce de la prière des «Tarawih», très suivie au cours de ce mois. Les mosquées se retrouvent parfois trop exiguës pour contenir tous les fidèles. la prière terminée, les villes connaissent une grande animation, notamment dans les cafés jusqu’à une heure tardive de la nuit. On discute de tout. D’autres font des parties de jeu de cartes à défaut d’animation culturelle ou d’autres occupations. Généralement, les gens rentrent chez eux pour le rituel dîner fait à base de raisin sec, de pruneaux ou de marrons qu’on appelle «Tajine hlou» car dans la tradition la rupture du jeune se fait uniquement par la soupe, des salades et des fruits et ce n’est qu’un peu tard dans la nuit qu’on consomme le plat de résistance pour ensuite, avant l’aube «le shour», prendre un plat de «safa», couscous préparé avec du beurre et du sucre, servi avec du petit lait ou du lait selon les goûts et les régions. Mais c’est incontestablement la nuit du destin qui marque le plus le mois de Ramadhan au cours de laquelle les familles ramènent des plats de couscous et des dattes à l’entrée des mosquées. Elles sortent en grand nombre pour faire les étalages des magasins afin d’acheter pour leurs enfants les éternels trousseaux de l’aïd. D’autres profitent de l’occasion pour procéder à la circoncision de leurs enfants, fêtée comme un événement tout comme les petits enfants qui jeûnent pour la première fois. La dernière semaine du mois de Ramadhan connaît elle aussi une intense activité. Toutes les familles préparent les gâteaux traditionnels pour l’Aïd. Ainsi «Kaâk», «Makrout», «Samson», «Griwech», «Ghroubia» et d’autres gâteaux faits à base de cacahuètes et d’amandes sont minutieusement préparés dans les maisons et servis le jour de l’aïd aux invités. Dans la tradition, le jour de l’aïd, on consomme le matin une soupe appelée «Tchicha» faite à base de semoule d’orge et de «Zaâtar» pour dit-on «permettre une bonne transition vers le régime alimentaire normal».

B. Soufi

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