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«Un été sans juillet, Algérie 1962» de Salah Guemriche: La fin d’un cycle

Le roman pathétique : «Un été sans juillet, Algérie 1962» de Salah Guemriche, nous introduit dans une époque révolue à la veille de l’indépendance.

Dans son ouvrage : «Un été sans juillet, Algérie 1962», l’auteur Salah Guemriche décrit sans parti pris ce climat d’incertitude aux lendemains de juillet 1962. C’est une période trouble et mouvementée où régnaient l’anarchie, le désordre et la confusion. Cette transition ne s’est pas faite sans heurts ni épreuves, ni catastrophes. Tout au long du récit, l’auteur évoque la situation délétère avec le départ massif des pieds-noirs, les tueries et lynchages du dernier Lévy, les règlements de compte du Front, les faux fils de chahid, les harkis et la ruée pour les biens vacants. Une anarchie totale où certains y trouvent leurs comptes. Comme disait Napoléon, «la révolution, il y a ceux qui la font et ceux qui en profitent». A cela se greffe l’attentat de l’OAS qui a eu lieu à Guelma, où se situe le cœur de cette histoire.

L’OAS

En ce juillet 1962, Larbi Foulène, de Dar Ouled Nail est un jeune de 16 ans en troisième «B» qui assiste apeuré à un lynchage sous les sons des youyous. Avec ses amis inséparables Nasser, Karim et Malek, qui se sont inscrits au lycée Saint Augustin d’Annaba, ils sont soufflés par une grenade jetée dans la voiture qui les transportait. Deux sont décédés et Larbi est dans le coma durant un mois, en juillet. Au sortir du coma, il est amnésique. Son oncle Sid Ali, officier dans l’armée l’aide grâce à un médecin à recouvrir la mémoire. A travers cette narration pittoresque, l’auteur passe en revue tous les problèmes de cette période transitoire. De nombreuses diatribes jalonnent ce long texte, critiquant et stigmatisant les «gens qui se sont partagés l’Algérie comme un gâteau. L’Algérie est un patrimoine inaliénable», fait -il dire à un de ces personnages. Ainsi, Salah Guemriche narre sans complaisance cette période, passant en revue tous les maux qui minent la société à l’indépendance. Il rappelle cette errance morale et d’ajouter : «Que nous reste-t-il Selma ? Et que pourrions nous faire sans l’autre moitié ? Une moitié d’avenir. Oui, nous ferons tout à moitié : c’est une Algérie au rabais que nous préparons!»

Prévision ou prémonition ?

Sans nostalgie aucune, l’écrivain empreint de sensibilité sait mettre les mots justes sur ces situations souvent dramatiques décrites à la veille de juillet 62. Situations et hommes politiques, cupidité, gabegie et condition de la femme sont mis en exergue pour montrer l’état de déliquescence déjà annoncé et qui se propagera plus tard. C’est une histoire dramatique avec de très justes pensées sur la difficulté de cette époque.
Avec un rythme d’enfer et des répliques dignes d’analyse, c’est un roman haletant, poignant et souvent «trash» comme cette période. Il est à noter que Salah Guemriche romancier, essayiste et ancien journaliste, a écrit une douzaine de livres dont : «Alger la Blanche», «Biographies d’une ville», «L’homme de la première phrase», «Aujourd’hui Meursault est mort» et «dictionnaire des mots en français». «Un été sans juillet, Algérie 1962» est un récit qui fait montre d’une exceptionnelle maîtrise et les profils psychologiques des protagonistes sont tangibles et incontestables. Des rebondissements, des situations tragiques, une période à jamais révolue de ce roman se décline par la fin d’un cycle.

Kheira Attouche

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