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Un vendredi de paralysies ?

Les mots ont un sens, une définition, une identité. Cela n’empêche pas de les manier, de les détourner et de les faire rimer afin de leur donner un nouveau sens agrémenté d’une jolie rime. Or, sans avoir de certitudes inébranlables, on aura beau chercher la rime correspondant à ce vendredi, annoncé déterminant, walou, nada, rien ne vient à l’esprit, si ce n’est ce Vendredi, personnage de roman et compagnon de Robinson Crusoé. En fait, le vendredi de demain rime avec les journées qui ont vu la contestation dire non à tout ce qui émane du pouvoir. On peut alors s’interroger sur l’effet de ce vendredi ne rimant à rien, sauf à effacer l’importance de ce que vit réellement le pays. Oui, un vendredi ardent, enflammé, effervescent soit-il, n’empêchera pas la mise en exergue du talon d’Achille de ce mouvement de contestation.
La rue, aussi intelligente soit-elle, ne peut être méthodique, pragmatique, impartiale dans ce processus qui mettra certainement du temps. Elle, elle est dans l’immédiateté ! Que doit-on penser de cette dépendance à l’immédiateté qui, demain, scandera à peu près la même chose que les autres lundi, mardi ou vendredi passés ? L’heure est à prioriser les échéances qui mèneront au changement escompté. Les TGV ou les Boeing des réformes sont des symboles de cette spontanéité permanente, de ce populisme à outrance. Symboles ébranlés par la nature des choses aujourd’hui, ils nous rappellent que nos vies ne tiennent qu’à un fil. Bien sûr, nous ne devons pas tout comparer, mais le souvenir persistant des violences des évènements qu’a connus l’Algérie reste vivace. On pense, par exemple, au printemps berbère de 1980, aux émeutes de Constantine en 1986 et à octobre 1988. Ce souvenir joue un rôle important. Les faits de ces moments tragiques pour les uns, d’espoir pour les autres, restent relatifs pour une rue manifestement tournée, aujourd’hui, vers l’avenir.
Mais l’importance de chaque événement l’est aussi. Et la conférence de presse du nouveau Vice-Premier ministre, hier, annonçant celle du Premier ministre aujourd’hui, est un évènement de taille également. On ne revient pas en arrière, face à un agenda politique qui doit avancer avec de nouvelles figures. Ces derniers enclencheront le changement, et c’est là, la question à laquelle devra répondre le nouveau gouvernement. Il devra écouter l’ensemble des préoccupations citoyennes, émanant aussi bien des rues algéroises que de l’arrière-pays qui a son mot à dire, sans pour autant crier sur les toits son éloignement.
Ce gouvernement devra veiller à ce que les institutions du pays fonctionnent normalement, sans couacs, ni de retour sur les décombres du passé. Là, se verra la meilleure transition, se verront les meilleures mutations du pays vers une deuxième république, puisque c’est cela qui est jeu, après les débats qui se feront au cours de la Conférence nationale. Autrement dit, nous n’avons pas d’autre choix que celui de la concertation, du dialogue et du débat d’idées pour favoriser l’émergence d’une vraie action politique. A défaut, le pays continuera de faire du surplace, et ça le mènera vers une paralysie, une vraie. A ce moment-là, les mots seront implacables et les rimes unanimes pour assortir l’insensé à l’imbécillité ! Espérant ne pas en arriver là, toute âme et conscience citoyenne croise les doigts, faute de pouvoir croiser les mots sur une grille absente un vendredi de maux…
M. N.

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