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Un week-end aux stations balnéaires de Rachgoun et Madrid: Le tourisme balnéaire, un vain mot

Les stations balnéaires de Marsat Ben-Mehidi, Sidna Ouchaa, Rachgoun et Madrid sont les destinations de prédilection des estivants de la wilaya de Tlemcen, même si les deux (02) dernières relèvent de la wilaya d’Ain Temouchent suite au dernier découpage administratif.

Ce week-end, c’était le rush à cause de la canicule qui sévit dans la région, mais aussi la délivrance de l’attente et du stress des résultats du baccalauréat. Toutes les routes y menant ont connu un très grand trafic et les éléments de la gendarmerie veillaient au grain pour la sécurité des automobilistes et faire appliquer les consignes de sécurité routière. Ce sont surtout les axes routiers reliant le chef-lieu aux communes de Marsat Ben-Mehidi, via Maghnia, et Béni-Saf, via Remchi, qui étaient les plus empruntés ce vendredi. Le choix de ces itinéraires n’est pas fortuit. Ceux qui se rendent aux plages de ces deux communes transitent par Maghnia et Remchi pour faire leurs provisions en victuailles. C’est une aubaine pour les quelques commerces ouverts qui en profitent et dictent leurs prix tant la demande est forte. A Remchi, le poulet rôti ou grillé passe de 650 dinars à 950 dinars l’unité, l’eau minérale à 50 dinars et le pain traditionnel à 50 dinars. La viande blanche a flambé depuis l’entrée de la saison estivale. Elle est cédée à 450 dinars le kilogramme. L’on ne connaît pas la cause de cette flambée et aucune raison justifiable n’est avancée par les commerçants. «Même au mois de Ramadhan, l’on n’a pas connu cette flambée ; ils saignent à leur guise le citoyen et l’on s’interroge sur le rôle exact des contrôleurs des prix», s’exclame une mère de famille devant le prix affiché pour le poulet grillé dont le poids ne dépassent guère les 800 grammes. Malgré cet état de fait, une longue file est observée devant les deux rôtisseries, situées à la sortie-est de la ville de Remchi. Les poulets s’y vendent comme des baguettes de pain et les gérants de ces deux établissements ne se grattent pas la tête. Des centaines de poulets sont vendus quotidiennement, pour ne pas dire des milliers, et l’on ne débourse presque rien au trésor public. L’on a appris que ces commerces sont enregistrés au forfait et c’est le citoyen, dans cette équation de qualité-prix, qui est le dindon de la farce. Quant à l’hygiène de ce produit très prisé, il laisse à désirer. Les poulets sont entassés dans des bacs en aluminium et exposés à la poussière et au dioxyde de carbone émis par les véhicules. En aval de la ville de Remchi, ce sont les melons, les pastèques et d’autres fruits de saison, exposés au soleil, qui sont proposés à des prix abordables aux passagers.

La «maffia» des plages sévit

Il est 10 heures du matin, les deux plages mitoyennes de Rachgoun et Madrid, relevant de la daïra de Béni-Saf, sont déjà bondées de parasols. Toutes les places stratégiques sont réservées et tous les lieux de stationnement sont laissés à la solde et desirata d’individus se promenant avec de gros bâtons tout en se s’adressant aux automobilistes avec un air menaçant. C’est 200 dinars la journée au niveau du parc et 100 dinars le long des étroites artères de ces deux petites localités. Aucun choix n’est laissé aux automobilistes même si certains tentent de dénoncer et s’accrocher avec ces adolescents zélés qui ne vous délivrent aucun ticket. «Khoya, ne me casse pas la tête, khaless wella arfed ta voiture» ; c’est en ces termes qu’ils s’adressent à tous ceux qui veulent protester contre ce fait accompli. Les services de la commune auraient dû organiser ces parcs de stationnement et les réglementer en engageant des jeunes. C’est une plus-value qui va tout droit dans les poches de cette «maffia des plages». A moins que certains élus soient «complices de ces agissements» comme l’a affirmé un résident à la station balnéaire de Madrid. Chaque été apporte son lot de désagréments et de surprises surtout. Ce sont ces centaines de parasols plantés au niveau des deux plages riveraines qui taraudaient les esprits, car à cette heure de la matinée, il n’y avait pas beaucoup de monde. Ce qui nous a mis la puce à l’oreille, ce sont les tas de tables et chaises en plastique entassés le long de l’artère du front de mer où deux hôtels et cinq crémeries se disputent les lieux. Pour contourner la directive du ministère de l’intérieur sur la gratuité des plages, ces gérants d’établissement optent pour la ruse. Chacun d’eux a engagé des dizaines d’enfants qui, tôt le matin, plantent des parasols dans un périmètre situé face à son établissement. L’estivant qui arrive est vite racolé par ces enfants qui lui complètent la place réservée par une table et des chaises moyennant la somme de 1000 dinars. Aucun choix n’est laissé aux familles désirant se mettre face à la mer et tout près des commerces. On s’est approché de l’un de ces enfants et ce qu’il nous a dit est sidérant : «C’est la place de mes parents que je viens de louer à ce couple d’estivants», tout en éclatant de rire. Comme quoi rien n’arrête cette maffia des plages car les enjeux financiers sont énormes. A moins que les communes ne se décident à équiper les plages de toutes ces commodités et les louer à des prix raisonnables aux estivants. Dans un passé récent, le gérant de l’hôtel de Madrid squattait toute la plage et dictait sa loi avant que l’état n’intervienne et ne saisisse les chaises et les tables.

Des prix hors normes

La baie de Rachgoun et son île, la plage de Madrid et son merveilleux récif, et les forêts sont des sites paradisiaques qui peuvent générer beaucoup de richesses et de postes d’emplois directs et indirects. Mais cela passe inévitablement par une réelle politique de développement du tourisme balnéaire. Malheureusement, aucun paramètre n’indique une amélioration de la situation qui empire au fil des années. Ces deux merveilleux sites ne disposent d’aucune structure digne de ce nom et les quelques établissements qui existent se soucient peu de la valorisation du tourisme et encore moins de son développement. Seul l’intérêt immédiat compte pour ce que certains tentent d’appeler «opérateurs ou investisseurs touristiques». Les établissements hôteliers existants ne disposant d’aucun service de qualité ou d’activités culturelles, pratiquent des prix hors normes. Plus de 500 dinars la nuitée et par personne. Il n’existe aucun restaurant et les gargotes, florissantes en cette période de l’année, vendent du n’importe quoi à n’importe quel prix. Elles sont aménagées dans des hangars ou garages loués à l’occasion, et proposent une nourriture suspicieuse à des prix dépassant tout entendement. Un sandwich contenant deux œufs bouillis, quelques frites et une portion de fromage est cédé à 400 dinars et un soda à 100 dinars. Côté rafraîchissements, les prix découragent tous ceux et celles qui s’approchent de ces vendeurs de sorbets. Le simple cornet de glace à 200 dinars, la citronnade à 350 dinars le verre, les pots de 250 et 500 grammes sont cédés entre 750 et 1200 dinars. Devant la cherté des prix, les familles préfèrent apporter avec elles leurs victuailles. Sauf qu’à leur départ, elles derrière elles une image de désolation. Les sachets de plastique remplis de détritus sont jetés un peu partout et les poubelles mises en place par la commune sont insuffisantes. Nous quittons ces merveilleux sites sur un goût d’amertume mais une conviction de fer : on est très loin des standards les plus élémentaires du tourisme. Il est temps de penser le tourisme en tant que produit économique et non le panser par quelques décisions ponctuelles qui ne changent rien à la situation.

B. Soufi

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