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Une fetwa décrétant «haram» sa célébration déclenche la polémique: Yennayer réveille les vieux démons

En tout cas, la réponse officielle, indirectement, est venue de Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses et des Wakfs.

Après-demain, samedi, l’Algérie va fêter Yennayer, premier jour de l’an amazigh (2969), de manière «officielle». An 1 de cette officialisation comme fête nationale, et c’est déjà la polémique. Tout ce qui a une relation avec l’amazighité de l’Algérie semble déranger les adeptes de la pensée rétrograde et réactionnaire de l’islamiste salafiste. La récente «fetwa» de celui qui se présente comme président de la commission des fetwas au sein de l’Association des oulémas musulmans algériens, Al-Abidine Ben Hanafia, décrétant «haram» la fête du Nouvel An amazigh, est un acte d’agression contre la Constitution du pays, l’identité de l’Algérie et l’héritage commun de la société. Pour cet ‘’oracle’’, célébrer la fête du nouvel an amazigh est «contraire aux préceptes de l’islam» et concurrencerait, selon lui, les fêtes religieuses de l’Aïd el-Fitr et de l’Aïd el-Kebir. Une pensée toute erronée puisque Yennayer, avant même qu’il ne soit décrété fête officielle, est célébré par un très large pan de la société et dans plusieurs wilayas, en cohabitation avec les principes de l’islam, et non pas en concurrence. En tout cas, la réponse officielle, indirectement, est venue de Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses et des Wakfs. La célébration du nouvel an amazigh 2969 «est une fête qui rassemble tous les Algériens et qui renseigne sur l’étendue identitaire et historique de l’Algérie», a affirmé le ministre, en visite mardi à Bouira. Pour lui, l’officialisation de la célébration de Yennayer a permis de «faire échec à toute tentative de dispersion» et le nouvel an berbère «est devenu une fête qui se célèbre dans toutes les wilayas du pays». «Il s’agit d’un évènement qui rassemble tous les Algériens», a appuyé le ministre qui a donné le coup d’envoi d’une caravane culturelle et artistique de Yennayer qui sillonnera toutes les communes de la wilaya. Quant à l’Islam, Mohamed Aïssa ne voit aucune contradiction que les algériens célèbrent des fêtes religieuses au même titre que celle de Yennayer. Cette dernière «est en parfaite adéquation avec l’islam des lumières», a-t-il estimé. À travers ces célébrations, «nous nous efforçons de rétablir cette fête et de la mettre au service de l’unité de la nation et surtout de démontrer qu’elle véhicule les valeurs de notre islam, celui de l’ouverture et des lumières», dira le ministre, insistant sur l’importance de «réconcilier» les Algériens avec leur identité. Le ministre a pourtant évité de citer l’association des oulémas, d’autant que cette organisation n’a pas émis officiellement cette fetwa dans un document. D’ailleurs, la direction de l’association ne semble pas partager ce dérapage, mais continue quand même d’entretenir le flou. Son président, Abderrezak Guessoum, que nous voulions faire réagir hier, est resté injoignable. Mais, dans une déclaration à nos confrères du Soir d’Algérie, Guessoum s’est démarqué de Ben Hanafia, lui déniant tout droit de parler au nom de la commission des fetwas, encore moins au nom de l’association. «Al-Abidine Ben Hanafia n’est plus président de la commission des fetwas de notre association dont il a, par ailleurs, perdu le statut de membre de l’exécutif à l’issue du congrès de l’association tenu à la fin de l’année écoulée», a-t-il affirmé. Et d’ajouter que l’Association des oulémas musulmans algériens «n’a jamais eu à faire siennes les positions de Al-Abidine Ben Hanafia dont les fetwas ne figurent pas sur le site officiel de l’association». Abderrezak Guessoum reconnaît même que «Yennayer est une dimension de notre identité». C’est pourquoi, «il n’est pas question d’aller à l’encontre de notre peuple qui le fête». Cependant, ce qui est exigé dans ce genre de polémique, c’est l’application stricte de la loi. Par sa ‘’fetwa’’, Ben Hanafi s’est non seulement érigé en mufti de la République, mais a désavoué une décision prise par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, premier magistrat du pays, et insulté des années de combats et de lutte de générations pour la reconnaissance de l’identité amazigh.

Aïssa Moussi

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