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Une journée toute particulière…

C’est un peu par hasard que «Youm el Ilm» se décline sur notre agenda. C’est sûrement le désordre qui règne sur l’échelle des valeurs qui est à l’origine de cet oubli. Instaurée depuis 1976, la journée consacrée à la connaissance en général et, au legs socioculturel en particulier, a pourtant de quoi mobiliser, appeler à préserver et à transmettre. Cette culture nous nourrit et signe notre identité. Elle nous fait retrouver nos racines, elle nous relie à tous ceux, toutes celles qui nous ont devancés sur le chemin de la connaissance, de la littérature, du savoir. Bref, ce sont nos valeurs et, elles méritent d’être défendues. Mais le hic est dans cette journée dont la date correspond à l’anniversaire de la mort d’Abdelhamid Ben Badis.
Figure emblématique de l’émergence d’intellectuels réformistes musulmans, pas sûr qu’il représente grand monde aujourd’hui, hors un groupe d’Oulémas et d’enseignants arabisants. Les langues se délient, les temps ont changé et les événements à célébrer, aussi. Dans les années 1930, le mouvement des Oulémas prônait le développement d’écoles coraniques associées aux sciences profanes élémentaires. La défense de l’enseignement de l’arabe et de l’Islam en contexte colonial a donné une dimension éminemment politique à ce mouvement. Mais, aujourd’hui que représente ce mouvement dans la culture ? Aussi complexe qu’il convient de l’avouer, cette culture de masse se retrouve compromise car les années 1930 sont dépassées par le temps et les nouvelles technologies. Et qui dit culture de masse, dit brassage culturel où tout un chacun peut trouver sa place et rayonner sans Oulémas ni autre forme de domination d’une élite sur le reste de la population.
Car, cette élite des années 70 se composerait de fondamentalistes et de futurs intégristes. Elle commençait à représenter un «arabo-islamisme» dans ses aspects les plus conservateurs, pour être considéré plus tard comme l’inspirateur des courants réactionnaires des années 90. Et, autant dire qu’on ne peut parler de modernité, ni de culture de masse quand celle-ci se veut représenter, par extension, toutes les spécificités du pays. Alors où se trouve le point culturel commun dans ce «Youm el Ilm», en principe, pour tous et à tous ? D’autres approches culturelles auraient du se mêler à cette journée, à cette vue d’ensemble véhiculée par les instances officielles. L’héritage familial, les coutumes de groupes humains qui, sans se marginaliser, agissent de concert et vivent une culture de groupe qu’ils n’ont pas besoin d’encarter (…). Ces cultures-là ne sont pas des sous-cultures, c’est même le contraire.
Car il s’agit de participer à la création de concepts communs, manière de résister à l’inondation médiatique européenne ou aux comportements moyen-orientaux, téléguidés et pas si innocents que ça. Nous parlons de ce que nous connaissons le mieux, de ce que nous avons toujours connu et vécu : la culture de masse dans laquelle nous sommes nés. Bien comprise et bien agencée, elle engendre une sorte d’harmonie sociale qui, par extension, joue un rôle décisif dans le façonnement des esprits et des relations humaines, entre les uns et les autres. Mais voilà déjà une éternité que ça n’est plus le cas. Et, c’est le «Youm el Ilm» qui risque d’être une journée plate, n’en déplaise au décorum officiel. Et, demain sera un autre jour d’expression populaire…
M. N.

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