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Zohra Fassi au Temps d’Algérie: «Les barons de la harga trompent les jeunes»

Le phénomène de l’émigration clandestine communément appelé «harga» a pris des proportions alarmantes ces derniers mois. Des dizaines d’Algériens traversent chaque jour à bord d’embarcations de fortune la mer Méditerranée dans l’espoir d’un avenir meilleur, sans se soucier des dangers qui les guettent. Pour mieux comprendre ce phénomène, Zohra Fassi, sociologue, revient dans cet entretien sur les véritables raisons qui poussent les jeunes à faire ce choix.

Le Temps d’Algérie : Nous avons constaté ces derniers temps que le phénomène de la harga a pris de l’ampleur. Selon vous, qu’est-ce qui pousse réellement ces jeunes à passer à l’acte ?
Zohra Fassi : Tout d’abord, il faut savoir que le nombre de «barons de la harga» a nettement augmenté par rapport au passé. Aujourd’hui, ces gens donnent de faux espoirs à ces jeunes en leur promettant un avenir meilleur de l’autre côté de la mer, dans le seul objectif de s’enrichir. Un commerce devenu lucratif. Les méthodes utilisées pour convaincre les potentiels candidats sont diverses, comme par exemple faire un récit sur des expériences précédentes et des gens qui ont réussi ce périple. Des vidéos de leurs anciens clients qui ont réussi à passer, ou bien carrément les mettre en contact sur les réseaux sociaux. Les réseaux criminels spécialisés dans l’émigration clandestine ne se soucient aucunement de la sécurité et de la vie des candidats, mais plutôt de leur bénéfice net qui dépasse les 500.000 dinars pour un seul voyage. Une fois en mer, les jeunes harraga se retrouvent livrés à eux- mêmes, GPS à la main, pour retrouver les côtes italiennes ou espagnoles, d’autant que les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas imprégnés de la notion de responsabilité. Depuis leur jeune âge, ils comptent sur l’aide des autres pour vivre, contrairement aux précédentes générations qui étaient obligées d’apprendre à être responsables pour subvenir aux besoins de leurs familles. L’absence d’encadrement et d’orientation de ces jeunes au sein de notre société est l’une des causes qui les poussent à partir. On a ouvert des agences de soutien aux jeunes pour les aider à monter leur propre entreprise ; cependant, personne ne les oriente. On leur donne de l’argent sans les aider à entreprendre un projet qui réussisse. Cela confirme une fois de plus l’absence d’encadrement des institutions envers ces jeunes.

Dans le passé, c’étaient les jeunes seulement qui traversaient la mer, contrairement à aujourd’hui où toutes les catégories sont concernées. Comment expliquez-vous cela ?
La tentation est animée par les histoires de personnes qui ont réussi dans leur vie. En discutant sur les réseaux sociaux avec leurs amis qui ont percé après avoir quitté le pays, ces jeunes ont l’espoir de vivre la même histoire, en oubliant les risques qui les entourent. Même des jeunes diplômés ont perdu leur vie en mer. Comment un diplômé universitaire peut-il faire confiance à un criminel pour lui faire traverser la mer à bord d’une embarcation de fortune contre une somme d’argent ? Ces jeunes oublient le grand risque qu’ils prennent à bord de ces zodiacs. Un moteur de pêche ne peut pas faire traverser la mer Méditerranée et rejoindre la rive européenne.

Quelles sont les solutions à prendre pour endiguer ce phénomène ?
Pour contrer la propagation de ce phénomène, il faut un travail de collaboration entre le gouvernement et la société. Les responsables devront s’intéresser plus aux problèmes de ces jeunes pour mieux les régler. Ils devront les encadrer et les orienter dans leur vie. Ils devront responsabiliser ces jeunes pour qu’ils puissent prendre leur vie en main sans attendre l’aide des autres. Les jeunes devront suivre l’exemple du jeune Algérien qui a réussi dans sa vie ici en Algérie et essayer de faire de même. Notre société devra se libérer des idées qui rabaissent certaines catégories de travail, à l’instar de l’agriculture, et des sociétés de nettoyage. Les jeunes sont cassés par le mauvais esprit de notre société.

R. Ch

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